‹ Correspondance entre Schiller et Goethe, 1794-1805Chapitre 198 sur 199 · Gœthe a Schiller · texte numérisé non relu

Gœthe a Schiller

J'ai eu beaucoup de plaisir à recevoir votre mot amical, qu'accompagnaient les premières feuilles

(1) Alexis et Dora.

' (2) Caroline, la belle-sœur de Schiller.

300 t3 AOUT 1796

de YAlmanach et les excellentes biscottes ; le tout m'a trouvé en pleine activité laborieuse et diverse. UAlmanach fait vraiment très bonne figure, et, une fois complet, sera sûrement riche et varié. Ne pourriez-vous pas, puisque, de toute façon, vous aurez à faire corriger quelques pages avant le tirage, apporter aussi quelques retouches au Patinage? Tel qu'il se présente sous sa forme actuelle, il promet un ensemble qui ne vient pas, et les deux distiques isolés de la fin déconcertent plus encore. Je vous indique au feuillet ci -joint comment j'aimerais à les voir disposés. Les distiques seraient séparés l'un de l'autre par un petit trait, et, avec les quelques petites pièces que j'y ai ajoutées, ils feraient une sorte de groupe, qui amènerait tout naturellement ceux qui viendront après, et qui seront disposés de même.

Sophie Mereau (1) se tient bien. L' Impératif (2) est très amusant : cet exemple montre fort bien comment la poésie peut rendre plausible une idée fausse au moyen d'un adroit recours au sentiment. J'ai été frappé de voir à quel point la poésie de Conz (3) n'est guère que de bonne prose, et aussi la singulière figure que font les lutins (4) parmi la lumineuse compagnie qui les entoure. Mais vous avez fort bien fait d'accueillir des spécimens de tous les genres qui sont aujourd'hui en fa veur. N'avezvous pas aussi une romance à peu près passable? J'espère être présent en personne lorsque vous donnerez la dernière main aux xénies, et y trouver encore une place pour mes derniers produits. D'ici mer-

(1) h'Almanach donna d'elle une poésie intitulée Souvenir.

(2) La petite pièce de Herder sur Un autre genre de morale débutait par une allusion ironique à l'impératif catégorique de Kant.

(3) Les Muses.

(4j La Reine des Lutins, du licrlinois Moyer.

credi prochain, je compte fermement avoir levé bien des obstacles, et, d'ici là, je saurai définitivement si je peux vous envoyer une dernière fois le huitième livre. Ou je me trompe fort, ou je serai finalement réduit à développer ce volume de manière à en faire deux, si je tiens à accorder aux divers sujets une place plus harmonieusement proportionnée.

Que dites-vous de l'histoire de miracle que je vous envoie? Elle est empruntée au Journal de Florence (1) ; faites-la copier, et communiquez-la à quelques amis. On a publié le même jour une bien remarquable ordonnance édictée au nom du Quirinal, pour assurer la sécurité des commissaires français dont on attend la venue (2) : on y menace des peines les plus immédiates et les plus rigoureuses, sans autre forme de procès et sans jugement régulier, quiconque les aura offensés si peu que ce soit, ou quiconque aura fait mine de bouger et de contrarier le moins du monde les mesures qui viendront à être prises (il est probable qu'il s'agit de l'enlèvement des œuvres d'art).

J'ai une lettre de Meyer. Il est plein d'entrain. Il a entrepris une copie de la Vierge à la chaise (3), après quoi il s'attellera sans doute à une partie d'un excellent tableau de Michel- Ange. Il continue d'espérer ma venue très prochaine.

D'ici une semaine, je pourrai vous en dire davantage sur la tournure que prennent nos affaires politiques. Le contingent saxon est toujours dans le Voigtland ; le reste des troupes est réparti de manière à constituer une sorte de cordon ; ce qui n'em-

(1) Il est clair qu'il l'avait reçue de Meyer. Elle ne s'est pas conservée.

(2) Il s'agit des agents spécialement envoyés en Italie par le Directoire (Pieracchi, Saliceti, etc.) pour conduire avec le Saint-Siège les négociations de paix.

(3) De Raphaël, au palais Pitti.

pêche que le mieux qu'on puisse attendre n'est pas affaire de force et de luttes violentes, mais est à la merci de combinaisons et de négociations qui se tiennent dans des régions plus hautes.

Faites mes amitiés à tout votre entourage. Je serai bien heureux de vous revoir, et j'attends de votre influence réciproque des effets que, pour le moment, nous sommes nous-mêmes hors d'état de pressentir. Adieu. — Weimar, le 13 août 1796. — G.

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