Schiller a Gœthe
Iéna, le 12 août 1796.
Je me suis trouvé aujourd'hui enfoncé dans un poème (3) qui m'a fait tout bonnement oublier que c'était jour de courrier. Ma femme, qui vous envoie des biscottes, me le fait remarquer à l'instant, et
(1) La « note sur les papillons » ; voir la lettre qui précède.
(2) 12 août.
(3) Pompéi et Herculanum.
je n'ai plus que le temps de vous écrire ces quelques mots.
Ci-joint les bonnes feuilles — papier ordinaire et papier de meilleure qualité — des premières signatures de YAlmanach. La quatrième est sous presse, et tout s'annonce comme si nous devions être prêts pour la première moitié de septembre. Il sera d'une richesse invraisemblable et aura tout autre air que celui de Pan passé. Sans faire entrer votre idylle (1) en balance avec les Epigrammes de l'autre année, le nouveau l'emportera sûrement sur l'ancien. Je suis plus satisfait de ce que j'y ai mis de moi que je ne l'ai été l'autre fois, je constate à un point inouï les modifications que votre action plus proche a déterminées en moi, et, bien qu'il n'y ait guère moyen de rien changer ni à ma nature, ni à mes capacités, je sens néanmoins qu'une grande lumière s'est faite en moi. Je le constate très nettement à l'occasion de certains travaux que j'ai actuellement en main.
Je n'ai pas encore eu la visite de M. Matthài ; il sera le bienvenu quand il se présentera. Mon beaufrère, le conseiller d'ambassade de Wolzogen, est ici en ce moment avec sa femme (2) ; il s'est occupé durant plusieurs années d'architecture, et, comme il a un cerveau, et qu'il a vu du pays, vous ne lui trouverez pas la tête creuse.
Adieu ; ne tardez pas trop à venir. J'aurais un bien grand plaisir à voir encore une fois le hui tième livre ; ne l'aurai-je pas bientôt? — Sch.