Schiller a Gœthe
Iéna, vendredi soir 22 [21] août 1795.
Je me souviens qu'il y a sept ans, étant à Weimar, je me trouvai un jour n'avoir plus guère, pour toute fortune, que quelques sous, à peine de quoi expé-
(1) Il parut dans le neuvième numéro des Heures pour
dier une lettre, et ne sachant véritablement à qui m'adresser pour avoir de l'argent. Vous pouvez vous figurez quelle fut, en cette extrémité, la douceur de ma surprise, lorsqu'on m'apporta, le jour même, le règlement d'un vieux compte que restait me devoir la Gazette littéraire, et auquel depuis longtemps je ne songeais plus. Ce que fit, ce jour-là, de toute évidence, le doigt de Dieu, c'est vous qui le faites aujourd'hui. J'en étais à me demander ce que je pourrais bien envoyer à Cotta, qui réclame de la copie pour le numéro 9, et voici qu'en véritable ange du ciel vous m'envoyez un demicahier, ce qui à coup sûr est peu, mais, avec votre Apollon (1), suffira tout de même à remplir une feuille.
Je n'aurai guère le temps de lire ce manuscrit avant de le faire partir, mais je tiens du moins à le parcourir soigneusement pour en vérifier l'orthographe.
Je me promets beaucoup d'agrément de votre Conte de fées, car il me paraît venir au monde sous les plus heureux auspices.
L'arrivée de l'article de Herder ne sera pas moins favorablement accueillie.
Humboldt vous envoie ses compliments. J'aurai, quand vous viendrez, à vous conter toute sorte d'anecdotes assez amusantes qui concernent les Heures, et une histoire qui regarde votre Meister. Tâchez que ce soit bientôt, je le souhaite de tout cœur. Adieu. — Sch.