‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 2)Chapitre 10 sur 280 · Voir p · texte numérisé non relu

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quelqu’un avec moi, oui, quelqu’un avec moi, qui sommes à scandale à la Compagnie. » Et là-dessus commença l’énumération des reproches.

Il serait intéressant d’avoir le compte rendu détaillé de chacun de ces entretiens; on y trouverait, avec mille traits d’édification, des éléments précieux pour la vie de saint Vincent et l’histoire de sa congrégation. Hélas ! presque rien n’a été recueilli. Ce que nous possédons des entretiens antérieurs à l’année 1 655 tient en une soixantaine de pages, et ce ne sont le plus souvent que de pâles résumés ou de courts extraits.

Nul peut-être n’avait mieux compris saint Vincent que son dévoué secrétaire, le frère Ducournau. Il gémissait profondément de cette indifférence et cherchait à y suppléer de son mieux par ses propres moyens. Mais son temps était pris. Enfin, n’y tenant plus, le i5 août 1 65 7 il écrivit sur ce sujet un mémoire, qu’il remit à René Alméras, assistant de la maison42. Il y montrait les raisons de recueillir fidèlement les discours de Vincent de Paul, réfutait les objections qu’on pouvait formuler et proposait divers moyens d’aboutir au résultat désiré. La question était délicate. Comment arriver à prendre les paroles du saint sans éveiller son attention ? Si quelqu’un et, à plus forte raison, si quelques-uns de ses auditeurs s’étaient permis d’écrire pendant qu’il parlait, il n’aurait pas manqué de s’en apercevoir. Même en supposant les scribes bien cachés derrière des colonnes, le

42. Nous donnons ce mémoire en appendice, t. XII, p. 445 et suiv.

bruit que fait une feuille de papier que l’on gratte ou que l’on tourne les aurait trahis un jour ou l'autre. D’autre part, reconstituer l’entretien de mémoire après l’exercice avait ses inconvénients. Un long discours ne se retient pas mot à mot. Il y aurait forcément dans le texte écrit des lacunes et des inexactitudes. Recourir à la mémoire collective de tous les prêtres de la maison en les réunissant après l’entretien, ce n’était guère réalisable; il était plus pratique de confier à un ou deux des auditeurs, les plus propres à ce travail, le soin de se rappeler et de transcrire l’entretien, en leur laissant du temps libre pour cela; mais encore fallait-il trouver à Saint-Lazare des personnes de bonne volonté et d’heureuse mémoire qui eussent la facilité de s’arracher souvent à leurs occupations habituelles, car lesentretiens étaient fréquents. Le frère Ducournau s’offrait, à condition d’être déchargé de l’emploi de secrétaire. René Alméras ne pouvait vraiment pas demander à saint Vincent de changer de secrétaire sans lui dire pourquoi il lui faisait cette demande. 11 pria le frère Ducournau de recueillir lui-même, autant que le temps le lui permettrait, les entretiens du saint prêtre.

Le zélé secrétaire se mit à l’œuvre, et, dit son biographe43, à la mort du saint, il avait la matière de deux ou trois gros volumes. Les feuilles du frère Ducournau sont toutes perdues, sauf celles qui rep roduisent la conférence du 3o mai 1659 sur la charité. Autant que nous pouvons en juger par ce s dernières, elles étaient surchargées de ratures et de corrections

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