‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 2)Chapitre 114 sur 280 · REPETITION D’ORAISON DU 26 JUIN · texte numérisé non relu

REPETITION D’ORAISON DU 26 JUIN

Mort édifiante de la comtesse de Saint-Paul. — Le saint s’humilie.

Travaux des missionnaires d’Annecy.

Lettre d'un missionnaire à un de ses confrères

Monsieur ,

J’ai cru vous devoir faire part des bons avis que notre très bon et très honorable Père nous a donnés ce matin à la répétition de l’oraison : c’est au sujet de nos confrères qui sont à Annecy. Il nous disait que M. ..., avec un autre de la Compagnie et trois du séminaire, faisaient mission avec grande bénédiction; d’une autre part, que M. ..., avec un autre de la communauté, étaient employés en une autre mission, et que MM. Tholard et Bourdet (qui est le frère de celui que vous avez vu) étaient restés à la maison et qu’ils avaient fait tous les deux l’ordination dernière avec grand fruit. Il nous a fait admirer la bonté de Dieu envers ces deux derniers, et parti cul îèrement à l’endroit de M. Bourdet, qui, pendant qu’il a été ici, ne pouvait réussir aux emplois extérieurs; même la plupart ne lui croyaient pas le sens commun, et l’on craignait de lui faire faire récit de son oraison; et même que M. de la Salle, ou quelqu’autre, le lui avait souvent proposé pour le renvoyer; au reste, toujours fort intérieur et obéissant. J’ai eu le bonheur de le voir quelque temps au séminaire; il m’a paru tel que notre bon Père le décrivait; néanmoins le voilà maintenant, nous disait-il, à conduire des ordinands, qui étaient en cette dernière fois jusqu’au nombre d’environ trente-neuf; lesquels ordinands

Entretien 93. — Recueil de diverses exhortations , p. 10.

sont doués d’esprit et de sagesse en ce pays plus qu'en celui-ci.

Voilà les sujets d’étonnement et d’admiration que notre bon Père nous proposait aujourd’hui. Ensuite il nous exhortait à avoir une grande confiance en Dieu, qui s’est toujours plu à faire merveille par des choses petites, et ajoutait que nous devions beaucoup nous étudier à l’humilité, à l’obéissance. Mais ce qui me poussa davantage à vous écrire, c’est qu’il nous disait que, faisant lecture des lettres que lesdits MM. Bourdet et Tholard ont écrites, les mouvements de son cœur étaient de venir dans le séminaire et de crier à tous nos frères qu’ils sortissent pour aller travailler à la campagne, qu’ils avaient assez de science et de capacité, que Dieu voulait se servir d’eux. Voici ses paroles : « Allons, mes frères, allons servir notre bon Maître. »

Un autre mouvement le prit pour envoyer à Romeceux qui n’avaient pas l’âge de la prêtrise, pour obtenir de Sa Sainteté à être reçus avant l’âge. Je ne puis vous exprimer avec quelle effusion, avec quelle abondance de l’esprit de Dieu cela se disait, avec quel feu, avec quelle violence; seulement je puis vous dire que mon cœur en était tout joyeux, tout content; et néanmoins il se plaignait qu’il ne sentait pas ce mouvement violent, que peut-être il avait commis quelque péché et que Dieu avait retiré ses grâces. Et je vous laisse à penser, si mon cœur si endurci en était attendri, que devez-vous juger de tous ceux de la Compagnie! Nos bons frères, à qui ce discours ne semblait pas s’adresser directement, en étaient tous ravis.

A quelqu autre occasion, il nous rapporta la mort de cette \ei tueuse comtesse de Saint-Paul, qui, toute huguenote qu elle avait été et toute princesse qu’elle était, lorsqu on lui apporta Notre-Seigneur, se jeta en bas du

lit pour l’adorer, et là elle s’écria : « Vous le savez, mon Dieu, que je suis indifférente à toute autre chose qu’à vous aimer et à faire votre volonté, et, au contraire, que je suis déterminée et toute prête à la faire entièrement. » De là notre bon Père tirait des sujets de confusion pour nous autres, qui sommes si opiniâtres à résister à la volonté de Dieu, à faire la notre propre et à n’acquiescer pas à celle des supérieurs, à vouloir aller en mission, etc. Et une femme nous montre notre leçon !

Le même jour, en la même répétition, un de nos bons frères disant qu’il entrait en confusion de ce qu’il profitait si peu des bons exemples et de tant de merveilles qu’il voyait en lui, Monsieur Vincent laissa passer ces paroles, et après la répétition il dit : « Mon frère, nous avons cette pratique parmi nous de ne jamais louer personne en sa présence » ; qu’à la vérité il était une merveille, mais une merveille de malice, plus méchant que le démon; et que le démon n’avait pas tant mérité d’être en enfer que lui; et il ajouta qu’il ne disait pas cela, par exagération.

94. — CHAPITRE DU 27 JUIN 1642 Il faut prier pour ses supérieurs.

Lettre d'un missionnaire à un de ses confrères Monsieur,

...A la recommandation que M. Vincent faisait au sujet de M. Alméras * 1, il dit qu’il fallait beaucoup prier

Entretien 94. — Recueil de diverses exhortations , p. 12.

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