Madame de Gondi
charité de trouver tout bien ! Qui nous donnera cettevertu, même civile! Feu Madame la générale des galères avait cette pratique de ne jamais parler mal des absents; M. Portail le sait; il l’a vue, comme moi. Jamais je ne lui ai rien entendu dire au désavantage des absents; au contraire, elle en était l’avocat, elle détournait les discours qui tendaient à la médisance, avec adresse.
Oh! que cela est vilain et indigne d’un esprit bien fait, de ne trouver rien de bien! Voyez-vous, Messieurs, presque tout ce que nous trouvons mal ne l’est que dans notre imagination. Non, non, c’est que nous nous trompons. Ceux qui sont chassieux voient tout chassieux; ainsi en est-il de ceux qui trouvent à redire à tout; la passion leur aveugle la raison. Trouvons tout bien; ne mettons jamais la main sur les défauts d’autrui; si nous avons vu quelque chose de mal, mettons-le en oubli, ne le disons jamais aux autres, ne jugeons pas en mal les intentions de nos frères, pourquoi ils font cela et comment. Oh! je porte le coup de lancette à l’apostème. Oh ! que je souhaiterais que cette sainte pratique fût parmi nous : trouver tout bon; qu’il fût dit que dans l’Eglise de Dieu il y a une Compagnie qui fait profession d’être très unie, de ne jamais dire du mal des absents; qu’il fût dit de la Mission que c’est une communauté qui ne trouve rien à redire en ses frères ! Vraiment j’estimerais plus cela que toutes les missions, les prédications, les emplois des ordmands et que toutes les autres bénédictions que Dieu a données à la Compagnie, d autant que l’image de la très Sainte. Trinité serait plus empreinte en nous. Il y a, Messieurs, des Compagnie;, qui font défi à qui sera le plus vertueux. Oh ! que ch r, aujourd nui tous les membres de cette petite Compagnie supportent ce défi : à qui dira le plus de bien, a qui détendra les absents. Si quelqu’un fait le contraire en notre présence, jetons-nous à ses pieds. Ah t
Messieurs, si nous avons une fois fait cela, oh ! qui nous pourra nuire? Seront-ce les hommes? Ils n’y feront rien. Seront-ce les diables ? Ils ne peuvent rien contre la charité, elle les fait fuir. O Messieurs, qui nous donnera cela ! O mon Dieu, mon Dieu ! la Compagnie durerait jusqu’à la fin du monde. Plaise à Jésus-Christ unissant répandre aujourd’hui en cette conférence cet esprit en la Compagnie !
Pour ce qui est du moyen que Ton a dit de l’écriture et de la communication par lettre, je vous prie, que la Compagnie suspende; je désire y penser encore. Il est vrai, comme on dit, que c’est une sainte coutume et que les Pères jésuites en usent fort et ont cela pour règle; je m’en suis enquis d’eux, et avant-hier j’en parlais à un des plus anciens, qui me dit qu’il en revenait à quelques-uns de très grands biens, mais aussi que cela occasionnait de grands inconvénients. A la vérité, il y en a trois ou quatre à qui Dieu a donné bénédiction pour écrire. Nous fûmes tous ravis et touchés merveilleusement d’une lettre qu’un de ceux de cette communauté écrivit à celle de Richelieu, qui nous enflamma le cœur et nous donna sujet de faire cette conférence; nous en fîmes même trois; mais néanmoins ce que j’ai appris d’un des anciens me fait persister dans mon opinion. Je vous prie, suspendons cela; la Compagnie n’a pas grâce pour cela; je n’en ai connu que deux ou trois à qui Dieu ait donné bénédiction.
J’ai vu des lettres, au contraire, hélas ! Les uns écrivent d’un style haut, relevé, pour dire : « J’en sais »; et ce. n’est que vanité; les autres d’un style affecté, ce qui est indigne d’un prêtre de la Mission qui Fait profession de simplicité; d’autres écrivent des affaires du monde, des railleries, même taxent les défauts sous mots couverts, et c’est médisance. Oh ! que cela est dia-
bol i que ! Que la Compagnie s’en abstienne donc jusqu’à ce qu’elle ait obtenu cela de Dieu. Si quelqu’un sent en soi mouvement d’écrire les pratiques de vertu, les fruits des missions, les bénédictions que Dieu y donne, je conseille à chacun de le faire. C’était la pratique de la primitive Eglise, qui avait institué les protonotaires pour écrire les actions héroïques des martyrs, récits que les évêques envoyaient partout. On en faisait lecture, et cela enflammait les cœurs des chrétiens et les unissait merveilleusement ensemble. Plaise à Dieu lui faire cette grâce! Demandons-la-lui, Messieurs.
J’avais quelques autres moyens à vous proposer, mais ce sera pour la première commodité. Les Pères jésuites ont cette pratique d’écrire du lieu où ils sont à leur général pour l’instruire de tout ce qui peut rendre la Compagnie recommandable; et le général choisit ce qu’il a de meilleur et l’envoie par toutes les provinces. Ceux qui se sentent affectionnés à écrire, qu’ils en usent de la sorte, mais que ce soit des choses qui regardent La piété.
voilà, Monsieur, à peu près le discours de notre bon nere, ou plutôt les paroles de Dieu, qui parlait par sa bouche. Il ne reste qu’à nous d'en faire bon usage, sur- <>ut de ce saint défi plein de charité. Je ne doute pas que vous n avanciez toujours de plus en plus dans cette sainte pratique. Pour moi, je veux m’y adonner, avec la grâce de Dieu.