Sur l’observance des règles
45. Le volume manuscrit des conférences que nous suivons pour cette publication n’a qu’une unité factice due à la reliure ; il se compose d’autant de fascicules distincts qu’il contient de conférences ; la transcription des entretiens est l’œuvre de six ou sept copistes. Il est complété par deux listes des conférences données à Saint-Lazare, listes écrites de la main de Jean Gicquel et de René Alméras, et par le journal contemporain des derniers jours du saint.
crits, mais la rédaction en est souvent si dissemblable46 qu’on est porté à se demander s’il n’y aurait pas eu des sources différentes, provenant de ce que plusieurs scribes auraient pris en même temps les discours du saint. Il y a donc lieu, semble-t-il, de se poser cette question : quel est le texte qui reproduit le plus fidèlement la parole du saint, celui des manuscrits ou celui d'Abelly? L’accord des anciens exemplaires manuscrits, la comparaison des deux rédactions divergentes avec celle du frère Ducournau dans la conférence sur la charité, enfin la liberté que prend d’ordinaire Abelly dans ses citations nous portent à conclure que les divergences proviennent, non de la pluralité des sources47, mais des retouches du biographe, et que, par suite, le texte des manuscrits doit être préféré.
M. Etienne, supérieur général de la congrégation de la Mission, comprit que la lecture des entretiens du saint fondateur aux premiers missionnaires serait très utile à leurs successeurs. Il fit autographier en 1844, pour l’usage exclusif des membres de la Mission, les conférences complètes de saint Vincent, et, peu après, le contenu de l’autre manuscrit, auquel il ajouta divers avis donnés le vendredi au chapitre et
46. Ces divergences se remarquent surtout dans les conférences sur la simplicité et la prudence (cf. Abelly, of. cit., 1. III, chap. xv, p. 238- 241), la douceur (cf. Abelly, 1. I, chap. xix, p. 79-81, et 1. III, chap. xn, sect. Il, p. 191-196), l’humilité (cf. Abelly, 1. III, chap. xm, sect. il, p. 218-221), la mortification (cf. Abelly, 1. III, chap. xix, p. 286-288, 289-291; chap. vin, sect. 11, p. 84-86; chap. xm, sect. 1, p. 2 02), l'indifférence (cf. Abelly, 1. III, chap. v, sect. 11, p. 42-44) et la charité (cf. Abelly, 1. III, chap. xi, p. 107-108).
47. Notons cependant que plus d’une fois les entretiens du saint furent recueillis par plusieurs de ses auditeurs. (Cf. p. 362 et t. XII, p. 1 et 62.)
quelques instructions dont nous n’avons pu trouver la provenance. Le premier ouvrage avait pour titre ; Collection des Conférences de S. Vincent, de plusieurs de ses lettres et de quelques conférences de M. Aimé ras, son premier successeur, et le second : Recueil de diverses exhortations et lettres de S. Vincent aux missionnaires , pour faire suite au premier volume de ses Conférences touchant 1 explication des Règles communes.
M. Fiat, second successeur de M. Etienne, fit réunir tous ces entretiens dans un volume imprimé, qui sortit en 1881 des presses de MM. Pillet et Dumoulin, les Avis et Conférences de saint Vincent de Paul aux membres de la Congrégation. Cette édition est épuisée depuis des années. Avec les Entretiens aux Filles de la Charité et la Correspond vice, nul ouvrage ne nous fait mieux pénétrer dans l’esprit de ce grand saint et mieux connaître les principes directeurs de sa vie si surnaturelle et si féconde. Le bien que ce livre a fait à ses lecteurs, particulièrement à ceux qui, par leur vocation, ont à continuer l’œuvre des missionnaires auxquels s’adressait Vincent de Paul, nous dit assez le bien qu’il est appelé à faire. Il est donc tout naturel que nous songions à le rééditer.
Quelques documents ont été retranchés, parce qu’ils ne seraient pas ici à leur place48; d’autres, en bien plus grand nombre, la plupart empruntés au premier biographe du saint, ont été ajoutés. On ne trouvera dans ce recueil, comme le titre le demande,
48. Ce sont les documents imprimés dans l’édition de 1881 sous les numéros 32, 33 et 90.
que des avis ou des discours adressés par saint Vincent à ses missionnaires, et nous croyons pouvoir assurer qu’on y trouvera tous ceux qui sont actuellement connus.
Cette seconde édition différera surtout de la précédente par une conformité plus grande au texte des anciens manuscrits. Nous aurions souhaité que la conformité pût être absolue. Il a fallu nous résigner à modifier légèrement le style des derniers entretiens 49, dont la lecture, la lecture publique surtout, serait, autrement, trop pénible, pour ne pas dire impossible. Ce n’est parfois qu’une suite incohérente de phrases obscures, incorrectes ou inachevées, que saint Vincent n’a certainement pas prononcées telles quelles. Imprimer ces discours sans retouche serait livrer au public un texte informe, sans aucune utilité pour le lecteur. Comme il convient, les corrections se bornent au minimum nécessaire et s’éloignent le moins possible de la phrase du manuscrit. Nous nous garderions de toucher aux vrais discours de saint Vincent, si nous les avions, écrits de sa main ou dictés par lui, lors même qu’ils présenteraient maintes imperfections de langage; la rédaction imparfaite d’un scribe ne mérite pas le même respect; mieux vaut la modifier qu’offenser les oreilles d’un lecteur tant soit peu soucieux des règles de la grammaire.