RÉPÉTITION D’ORAISON DU 25 OCTOBRE i
La Compagnie doit s'adonner avec zèle aux missions. — Réfutation des prétextes qu’on pourrait alléguer pour s’en dispenser. — Comment les frères coadjuteurs peuvent y participer.
Le sujet de 1’ oraison de ce jour était de rendre à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui lui appartient. Et à propos de la justice, M. Vincent vint à parler des missions qui allaient se commencer, et il s’humilia beaucoup de ce qu’ayant coutume de les commencer vers les premiers jours d’octobre les années précédentes, cette année on les avait commencées plus tard. Il dit ceci avec un très grand sentiment de crainte du jugement de Dieu; après quoi il dit quantité de belles choses pour encourager les missionnaires au travail, et il commença par l’obligation que nous avons de travailler au salut des pauvres gens de la campagne, parce que c’est là notre vocation, et de correspondre aux desseins éternels que Dieu a sur nous. Or, de travailler au salut des pauvres gens des champs, c’est là le capital de notre vocation, et tout le reste n’est qu’ accessoire; car nous n’eussions jamais travaillé aux ordinations, aux séminaires des ecclésiastiques si nous n’eussions jugé que cela était nécessaire pour maintenir le peuple et conserver le fruit que font les missions quand il y a de bons ecclésiastiques, imitant en ceja les grands conquérants, qui laissent des garnisons dans les places qu’ils prennent, de peur de perdre ce qu’ils ont acquis avec tant de peine. Ne sommes-nous pas bien heureux, mes frères, d’exprimer au naïf la vocation de Jésus-Christ? Car qui exprime mieux la manière de vie que Jésus-
Entretien ^100. — 1 Recueil de diverses exhortations , p. 23. Cette répétition d’oraison a été publiée par Abelly, of. cit.} 1. II, cbap. I, sect. 1, § 1, p. 3 et suiv.
Christ a tenue sur la terre, que les missionnaires? Je ne dis pas seulement nous, mais les missionnaires de l’Oratoire, de la Doctrine Chrétienne, les missionnaires capucins, les missionnaires jésuites. O mes frères, ce sont là les grands missionnaires, et desquels nous ne sommes que les ombres. Voyez comme ils se transportent jusqu’aux Indes, au Japon, au Canada, pour achever l’œuvre que Jésus-Christ a commencée sur la terre et qu’il n’a point quittée depuis l’instant de sa vocation! Hic est Filins meus clilectus , ipsum audite 1. Depuis ce commandement de son Père, il n’a point discontinué d’un moment jusqu’à sa mort. Imaginons-nous qu’il nous dit : « Sortez, missionnaires, sortez ; quoi ! vous êtes encore ici, et voilà de pauvres âmes qui vous attendent, le salut desquelles peut-être dépend de vos prédications et catéchismes ! »
Il faut bien considérer ceci, car Dieu nous a destinés en tel temps pour telles âmes, et non pour d’autres; et nous voyons même cela dans l’Ecriture, où nous lisons que Dieu destinait ses prophètes à telles personnes et ne voulait pas qu’ils allassent à d’autres. Quoi ! mes frères, que répondrons-nous à Dieu si, par notre faute, quelqu’une de ces âmes venait à mourir et se perdre? Ne serait-ce pas nous, pour ainsi dire, qui l’aurions damnée? Car, je vous prie, qui répondrait pour cette âme? Cela est aussi vrai qu’il est vrai que nous sommes
ici, que Dieu, à notre mort, nous en demanderait compte.
Mais aussi, si nous correspondons aux obligations de nos emplois, qu’en arrivera-t-il? Il arrivera que Dieu augmentera de jour en jour les grâces de la vocation, donnera à la Compagnie des sujets qui auront l’es-
eu XVII, 5.