‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 2)Chapitre 130 sur 280 · Evangile de saint Luc XXIII · texte numérisé non relu

Evangile de saint Luc XXIII

à autre qu’à vous! Serait-ce peut-être à moi-même? Hélas! vous me portez infiniment plus d’amour que je ne m’en porte; vous êtes infiniment plus désireux de mon bien et dans la puissance de m’en faire, que moimême, qui n’ai rien et n’espère rien que de vous. Oh ! mon unique bien! Oh! bonté infinie! que n’ai-je autant d’amour pour vous que tous les Séraphins ensemble! Hélas ! il est trop tard pour pouvoir les imiter ! O an tiqua bonitas , sero te amavi! Mais, du moins, je vous offre, de toute l’étendue de mes affections, la charité de la très sainte reine des anges et généralement de tous les bienheureux. O mon Dieu, en face du ciel et de la terre je vous donne mon cœur, tel qu’il est. J’adore pour votre amour les décrets de votre paternelle providence sur votre chétif serviteur; je déteste, en présence de toute la cour céleste, ce qui me pourrait séparer de vous. O souveraine bonté, qui voulez être aimée des pécheurs, donnez-moi de l’amour pour vous, et puis commandez ce que vous voudrez ; da quod jubés et jubé quod vis. »

Oui, mon très cher frère, il est vrai, et il n’en faut aucunement douter, que ç’a été toujours le bon plaisir de Dieu que vous l’aimiez, mais notamment à ce point; c’est afin que nous l’aimions qu’il nous a faits à son image et ressemblance, vu que l’on n’aime que ce qui est semblable à soi, sinon en tout, du moins en quelque chose. Ce grand Dieu, nous créant dans ce dessein d’exiger de nous cette agréable occupation de l’aimer et cet honorable tribut, a voulu mettre en nous le germe de l’amour, qui est la ressemblance, afin que nous ne nous excusassions pas, disant n’avoir pas de quoi payer. Cet amoureux de nos cœurs, voyant que, par malheur, le péché avait gâté et effacé cette ressemblance, a voulu rompre toutes les lois de la nature pour réparer

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ce dégât, mais avec un avantage si merveilleux qu’il ne s’est pas contenté de mettre en nous la ressemblance et le caractère de sa divinité, mais même il a voulu, dans le même dessein que nous l'aimassions, se faire semblable à nous et se revêtir de notre même humanité. Et qui voudrait donc dénier un si juste et si salutaire devoir ?

De plus, comme l’amour est inventif jusqu’à l’infini, après s’être attaché au poteau infâme de la croix pour gagner les âmes et les cœurs de ceux dont il veut être aimé, et pour ne parler d’autres stratagèmes et innombrables tout ensemble dont il s’est servi à cet effet pendant son séjour parmi nous, prévoyant que son absence pouvait occasionner quelque oubli ou refroidissement dans nos cœurs, il a voulu obvier à cet inconvénient en instituant le très auguste sacrement, où il se trouve réellement et substantiellement comme il est làhaut au ciel. Mais de plus, voyant que, s’il voulait s’abaisser et anéantir encore plus qu’il n’avait fait en son incarnation, en quelque manière il se pourrait rendre plus semblable à nous, ou du moins nous rendre plus semblables à lui, il a fait que ce vénérable sacrement nous servît de viande et de breuvage, prétendant, par ce moyen, que la même union et ressemblance qui se font entre la nature et la substance, la même se fît spirituellement en chacun des hommes. Parce que l’amour peut et veut tout, il le voulut ainsi ; et de peur que les hommes, n’entendant pas bien cet inouï mystère et stratagème d’amour, ne vinssent à négliger de s’approcher de ce sacrement, il les y a obligés sous peine d’encourir sa disgrâce éternelle : Nisi manducaveritis carmin Filii homtnis , non habebitis vitamh .

D 011 vous voyez comme par tous les moyens imagi-

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