SUR LA LECTURE A HAUTE VOIX
L’un de ceux qui fut interrogé s’étant excusé sur ce qu’il n’avait pas bien entendu le sujet d’oraison, saint Vincent dit :
C’est vrai, je m’en suis aperçu, on lit trop bas. Mon frère, vous qui avez lu, vous lisez trop bas et un peu vite; je vous en prie, faites attention. Trop basse, la lecture s’entend difficilement; trop rapide, elle se comprend avec peine, car l’intelligenGe ne saisit pas de suite. La semaine passée, je priai le lecteur de lire plus posément, pour laisser aux vérités le temps de mieux s imprimer dans l’esprit et pour donner plus de facilité a la réflexion. Quand la lecture est précipitée, on ne (ompicnd rien, tout passe et rien ne reste. C’est pour ce motif que 1 Eglise ordonne que la lecture se fasse posé-
n retien 04. Le jour où saint Vincent donna cette répétition orrus m, ( ont î ne reste plus qu’une traduction italienne aux archives-
C. a r T°n’ ent -^m'-'ras était, ce semble, assistant de la maison-
re e e remarque permet de la placer entre 1642 et 1646, ou bien entre 1654 et 1660. ^ ^ 5
ment. On en a même fait un offi.ce particulier. Dieu a voulu un ordre pour cela; il a établi avec son sang un fonds de grâces pour que le lecteur se fasse bien entendre du peuple en lisant la Sainte Ecriture à haute voix, distinctement et posément. Quelqu’un lit-il ainsi, on dirait que chacune de ses paroles frappe et émeut le cœur. Hélas! beaucoup enfreignent ces règles; plusieurs y sont fidèles cependant, par la grâce de Dieu, nous devons l’avouer, et leur lecture touche les auditeurs et même moi, misérable que je suis. Ils semblent donner à ceux qui les entendent l’esprit dont ils sont animés. Si leurs paroles portent la grâce, c’est qu’ils s’appliquent, s’écoutent et sont émus les premiers; par ce moyen, ils parviennent à enflammer les autres. Ah ! plaise à Dieu que nous ayons cet esprit ! Oui, plaise à Dieu qu’il en soit ainsi! Demandons-lui cette grâce, et, pour l’obtenir, offrons-lui d’avance notre lecture, le priant de la rendre profitable, malgré nos péchés, aux personnes présentes et de les toucher de sa grâce. Il faut lire, je le répète, posément et distinctement, en sorte que rien ne se perde. D’une lecture rapide on ne retire aucun fruit, il ne reste rien.
Je prie la Compagnie d’entrer dans cette pratique, déjà suivie par plusieurs; ainsi la parole divine que nous annonçons rendra gloire à Dieu et sera utile aux âmes.
S’adressant à M. Alméras :
Il me semble, Monsieur, que les prêtres sont privés de ce bienfait; au nom de Dieu, mettez ordre à cela; nous devons y avoir notre part, comme au service de table.
Que la Compagnie veille surtout à la lecture de table ; on lit trop vite, comme s’il y avait presse. Toutefois, je le reconnais, depuis quelque temps on est plus lent
et on s’arrête à la fin des phrases; mais c'est insuffisant; il faut lire la phrase posément, lentement, sans hâte, puis s’arrêter, ensuite commencer la suivante. Comment comprendre autrement? Notre esprit est comme un petit vase à ouverture très étroite; qu’on y verse de l’eau peu à peu à petits filets, elle entre sans perte et le vase se remplit ; mais qu’on la verse rapidement et en abondance, il en pénètre fort peu, ou plutôt il n’y entre rien. De même, avec une lecture posée l’esprit s’imprègne de ce qu’il entend ; ce qui lui est impossible à l’audition d’une lecture rapide, car alors il court toujours en arrière et ne peut s’arrêter nulle part; d’où pas de fruit. Je prie tous ceux qui liront dorénavant de veiller à cela et d’élever de temps à autre leur cœur à Dieu pendant la lecture, lui demandant de vouloir bien graver dans l’esprit des auditeurs ce qui se lit, et en faire profiter surtout le lecteur.
Monsieur Vincent ajouta qu’il y avait différence entre lire lentement et lire posément.