SUR LES ORIGINES DE LA CONGRÉGATION DE LA MISSION
Monsieur Vincent nous dit, à la fin de la répétition de l’oraison, que la Compagnie devait communier pour trois fins : la première, pour remercier Dieu, pour la même Compagnie en général, de ce qu’il a plu à Dieu donner commencement à la Mission à tel jour que celui de la Conversion de. saint Paul, la première prédication ayant été faite par lui pour disposer le peuple à la confession générale, à la prière que lui en fit feu madame la générale des galères; à laquelle prédication Dieu donna beaucoup de bénédiction.
Hélas! Messieurs et mes frères, jamais personne n’ avait pensé à cela, l’on ne savait ce que c’était que missions, nous n’y pensions point et ne savions ce que c’était, et c’est en cela que l’on reconnaît que c’est une œuvre de Dieu; car là où les hommes n’ont point de part, c’est Dieu qui le fait, et cela vient immédiatement de lui ; puis ensuite il se sert des hommes pour l’exécution de son œuvre. Or, deux choses murent madame la générale à faire faire des confessions générales à ce pauvre peuple, dont il y en a une... Si je le dis à la Compagnie, je noterai quelque famille; le dirai-je, ô mon Dieu ?
Et là il s’arrêta un peu, puis, continuant, dit :
Toutefois oui, il faut que je le dise, pouroe qu’aussi bien il n’y a plus personne de cette famille-là, ils sont tous morts, et le curé dont je vas parler aussi; et j’ai appris qu’encore un de ses parents, qui était un fort homme de bien et qui me vint voir il y a quelque temps ici, est aussi mort depuis peu, et qui est le der-
Entretien 112. — Manuscrit des répétitions d’oraison, f° 15.
mer qui restait de cette famille. Or, le fait est que, feu madite dame se confessant un jour à son curé, elle, fit attention qu’il ne lui donnait point l’absolution; il marmotait quelque chose entre ses dents et fit ainsi encore d’autres fois qu’elle se confessa à lui; ce qui la mit un peu en peine; de sorte qu’elle pria un jour un religieux qui l’alla voir de lui bailler par écrit la forme 1 de l’absolution; ce qu’il fit. Et cette bonne dame, retournant à confesse, pria ledit sieur curé de prononcer sur elle les paroles de l’absolution contenues en ce papier; ce qu’il fit. Et elle continua de le faire ainsi les autres fois suivantes quelle se confessa à lui, lui donnant son papier, pource qu’il ne savait pas les paroles qu’il fallait prononcer, tant il était ignorant. Et me l’ayant dit, je pris garde et fis plus particulière attention à ceux à qui je me confessais, et trouvai qu’en effet cela était vrai et que quelques-uns ne savaient pas les paroles de l’absolution.
Or, cette bonne dame, qui n’était encore que fille, lorsque cela lui arriva, se ressouvenant puis après de cela, et considérant le péril où étaient toutes ces pauvres âmes, délibéra, pour remédier à ce malheur, de les faire prêcher touchant la manière de faire une bonne confession générale et la nécessité qu’il y avait d’en faire du moins une en sa vie; ce qui réussit, comme je viens de dire; en sorte que, ne pouvant pas entendre tout le peuple qui accourait de toutes parts, il fallut envoyer prier le Père recteur des Jésuites d’Amiens d envoyer du secours. Il y vint lui-même, mais il n’y fut que jusqu au lendemain, pource qu’il avait à faire, et il en\ oya de ses Pères pour nous aider. Ensuite, voyant que cela réussissait, l’on pensa aux moyens de faire que
i. Forme, formule.
de temps en temps l’on allât sur les terres de madite dame pour y faire mission. Je fus chargé d’en parler aux Pères jésuites pour les prier d’accepter cette fondation. Je m’adressai au R. P. Charlet 2. Mais ils me firent réponse qu’ils ne pouvaient point accepter cette fondation et que cela était contraire à leur Institut; de sorte que, comme l’on vit cela et qu’on ne trouvait personne qui se voulût charger de faire ces missions, on résolut d’associer quelques bons prêtres.
L’autre raison qui excita madite dame fut, comme il est dit, le péril dans lequel se trouvaient la plupart de ses pauvres sujets de la campagne à l’égard de leur salut, faute d’avoir fait une bonne confession générale.
Et c’est aussi cette première raison qui a fait que nous nous sommes donnés à Dieu pour faire les ordinations, afin de faire en sorte que tous les prêtres soient bien instruits des choses nécessaires à leur condition, comme de bien savoir prononcer la forme de l’absolution et les autres choses absolument nécessaires pour l’usage des sacrements de l’Eglise. Hélas ! mes frères, qui eût pensé pour lors que Dieu avait dessein de faire, par la Compagnie de la Mission, le bien que, par la grâce de Dieu, nous voyons qu’elle fait? Hélas! qui savait qu’il s’en voulût servir pour aller chercher jusque dans des maceries 3, au fond de la Barbarie, ces pauvres chrétiens esclaves, pour les retirer, si ce n’est d’un enfer, pour le moins d’un purgatoire? Et qui savait qu’il s’en voulût servir encore en tant d’autres lieux, ■comme nous voyons qu’il fait?
La première raison donc (comme je viens de dire) pour laquelle nous devons communier aujourd’hui, c'est pour remercier Dieu de l’institution de la Mission ; la