SUR LA FÊTE DE LA SAINTE TRINITÉ
Outre l’obligation que nous avons, comme chrétiens, d 'honorer cette fête, nous en avons une particulière, nous autres, à cause qu’un Pape, par les bulles d’approbation de la Compagnie, nous a donné la très Sainte Trinité pour notre patron; et c’est ce qui nous doit beaucoup animer tous, tant que nous sommes,* à avoir une grande dévotion à cette fête; comme aussi de nous affectionner beaucoup à ne laisser passer aucune occasion d’enseigner ce mystère. Je reconnais que nous nous sommes relâchés en cela, et que l’on était plus soigneux de cela dans le commencement, qu’à présent dans le progrès de la Compagnie. Cependant, voyez-vous,
Entretien 118 — Manuscrit des répétitions d'oraison, f° 18 v°.
quelques docteurs tiennent que ceux qui ne sauront point ce mystère et celui de l’Incarnation sont en état de damnation; et même saint Augustin et saint Thomas enseignent que la science de ces mystères est un moyen de nécessité de salut. Or, si cela est, jugez, Messieurs et mes frères, combien il est important que nous enseignions ces mystères à ceux qui les ignorent.
1° Nous y sommes obligés en qualité de chrétiens, car tout chrétien doit instruire un autre chrétien des choses nécessaires à salut, lorsqu’il sait qu’il les ignore.
2° Nous y sommes obligés comme prêtres, ceux qui -le sont.
3° Comme missionnaires.
Et encore bien, mes frères, que vous autres, vous ne soyez pas prêtres et que vous n’ayez point étudié, vous n’êtes néanmoins pas exempts de cette obligation, et devez, quand vous rencontrez quelque pauvre, lui enseigner ce mystère, s'il ne le sait pas, même à quelque petit nombre, à un grand nombre. Nous voyons qu’au défaut d’un prêtre, un laïque peut baptiser un enfant, et l’Eglise même le permet aux femmes dans la nécessité, au défaut d’un homme. Enfin nous devons tâcher d’informer tout le monde de ce mystère. Hélas! combien pensez-vous qu’il y a de bonnes âmes qui ne parlent jamais à un pauvre, qu’ils ne le catéchisent, même des laïques et de l’autre sexe, jusque-là qu’il y en a qui vont parmi les villages pour instruire ces pauvres gens, et m’ont prié de trouver bon que, quand elles trouveraient quelques-unes de ces bonnes gens qui auraient désir de faire une confession générale, elles nous les envoyassent !
Nos pauvres sœurs de la Charité font cela avec tant de grâce et de bénédiction dans les villages où elles sont! Une dame me manda encore, ces jours passés,
qu’elle me priait de lui envoyer une Fille de la Charité, principalement pour avoir soin d’instruire les pauvres de ce mystère, nécessaire à salut, en faisant les petites écoles, pource que la plupart de ces pauvres gens ne vont point aux prédications, ni catéchismes, et ainsi ignorent bien souvent ce mystère. Voyez, Messieurs, ce que c’est que cela. C’est ainsi que Dieu en use quand il voit que ceux qui doivent enseigner ne le font pas; il substitue d’autres en leur place, qui le font, même des personnes de sexe différent. Quand je vas par ces paroisses de Paris visiter la Charité, je demande souvent à ces bonnes dames de la Charité : « Eh bien ! Mesdames, comment font nos sœurs de la Charité? » Et elles me répondent : a Par la grâce de Dieu, Monsieur, elles font fort bien; tous les pauvres sont instruits des choses nécessaires à salut, grâces à Dieu. » Or sus, Dieu soit loué et glorifié à jamais !
Je souhaite donc : i° que tous, tant que nous sommes, nous ayons une grande dévotion à cette fête et ardeur d’enseigner ce mystère; 2° que nous fassions cette résolution de ne nous jamais trouver avec un pauvre, sans que nous lui enseignions les choses nécessaires à son salut, si nous pensons qu’il ne les sache pas; en troisième lieu, que nous demandions bien pardon à Dieu de la négligence que nous avons apportée à observer cela jusqu’à présent, et que nous nous en humiliions beaucoup devant Dieu.
Fous avons nouvelle que le bon M. Lebas se porte mieux, par la grâce de Dieu, et est hors de danger. Il est retombé par trois fois, et la dernière fois on pensait qu il ne relèverait pas. Je prie la Compagnie de rendre grâces à Dieu de celle qu’il lui a faite de lui avoir conservé ce sien serviteur, qui est un fort bon sujet e„ bien vertueux. Nous ne Pavons pas vu ici,
pource qu’à peine eut-il fait son séminaire à Richelieu, il fut envoyé à Agde, où il a été à grand exemple. De tout cela nous rendrons grâces à Dieu, comme aussi de ce que M. de Martinis, qui a été malade à Rome, se porte bien, non sans danger de retomber, à ce que disent les médecins, si on ne le change d’air.