‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 2)Chapitre 153 sur 280 · RÉPÉTITION D’ORAISON DU 27 MAI i · texte numérisé non relu

RÉPÉTITION D’ORAISON DU 27 MAI i

Il faut, pendant l’oraison, s’attacher plus aux affections qu’aux considérations. — Nouvelles de François Le Blanc et de Thomas Lumsden, missionnaires en Ecosse. — Saint Vincent recommande de faire des répétitions de cérémonies.

A la répétition de l’oraison, qui se faisait sur la fête du très Saint Sacrement de l’autel, un frère clerc, qui répétait son oraison, vint à dire qu’il s’était un peu tenu coi pour écouter Dieu, qui lui parlait au cœur. M. Vincent le reprit et lui dit :

Mon frère, ce mot que vous venez de dire : « J’ ai écouté Dieu », est un peu rude; mais il faut dire plutôt : (( Je me suis tenu en la présence de Dieu pour écouter s’il plairait à Notre-Seigneur m’inspirer quelque bonne pensée, ou quelque bon mouvement. »

Et ensuite il a fait continuer la répétition, et à la fin il a dit :

Mes frères, je remarque que, dans toutes les oraisons que vous faites tous, un chacun s’efforce de rapporter quantité de raisons, et raisons sur raisons; cela se remarque. Mais vous ne vous affectionnez pas assez. Le raisonnement est quelque chose, mais ce n’est point encore assez; il faut autre chose; il faut que la volonté agisse, et non pas seulement l’entendement; car toutes

Entretien 119. — Mamiscrit des répétitions d’oraison, f° 19 v°.

nos raisons sont sans fruit, si nous ne venons aux affections. On ne va pas assez à la fin pour laquelle la chose est instituée. Par exemple, aujourd hui, sur la fete du très Saint Sacrement de P autel, il fallait dire : « Or sus, pourquoi est-ce que cette fête a ete instituée ? C est pour rendre grâces a Dieu cle 1 institution du Lies Saint Sacrement de l’autel, que Notre-Seigneur Jésus-Christ, le jour avant sa passion, institua pour le bien de tous les fidèles » ; et ensuite s’exciter à des actions de grâces de ce o-rand et incomparable bienfait du Fils de Dieu, lui en rendre des actions de grâces, d’adoration, d'humiliation, de reconnaissance; prier les anges de nous aider à l’en remercier, nous n’étant pas dignes de le faire comme il faut; et s’exclamer continuellement à Dieu :

« O Seigneur, soyez loué et remercié à jamais de m’avoir donné pour viande et pour breuvage votre chair et votre sang! O mon Seigneur, comment vous en pourrai-je dignement remercier! » Et ainsi s'entretenir en des actes fervents de la volonté vers son Dieu. Car, voyez-vous, mes frères, le raisonnement nous fait, à la vérité, voir la beauté de la chose, mais il ne nous la donne pas pour cela. Par exemple : je vois une pomme sur un pommier, et encore bien que je la voie fort bien et que, la considérant, je la trouve fort belle, je ne la tiens pas pour cela, je n’en jouis pas, je ne l’ai pas en ma possession; car autre chose est de voir une chose, et autre chose de 1 avoir et de la posséder ; autre chose de voir et considérer la beauté de la vertu, et autre chose de l’avoir. Or, le raisonnement nous fait bien voir la vertu, mais il ne nous la donne pas; comme quand une personne dit à une autre : <c Tiens, la voilà cette pomme; regaule qu elle est belle » ; mais pour cela elle ne la lui donne pas en sa possession. Or, c’est ainsi, mes frères, , que fait le raisonnement en notre méditation.

Pour ce qui est, à cette heure, des raisons pour nous faire voir ia réalité du corps et du sang de Notre-Seigneur en ce sacrement, il ne faut que considérer ce qui est noté dans saint [ean : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang; le pain que je donne, c’est mon corps; le vin que je vous donne, c’est mon sang. » Personne ne doute de cette vérité, excepté les hérétiques, qui le veulent- faire entendre en un autre sens. Notre-Seigneur luimême nous en assure, même par jurement, car il dit que celui qui ne mangera sa chair et ne boira son sang n’aura point la vie éternelle. Et ainsi il n’y a rien à examiner ni à éplucher pour ce regard. Mais ce que nous avons à faire en cette méditation, c’est de nous exclamer à Dieu par des actes de. foi que nous devons faire, d’espérance, oui, d’espérance en ce divin mystère, de charité, d’humilité, de reconnaissance, d’adoration et de dépendance. Or sus, demandons bien pardon à Dieu des fautes que nous avons commises à l’égard de ce sacrement.

Nous avons eu des nouvelles de M. Le Blanc. Je reçus hier au soir une lettre du bon M. Lumsden, par laquelle il me mande que la persécution est grande en ce payslà; et mondit sieur Le Blanc a été transféré de la ville d’Aberdeen, où il était, à un bourg, avec encore un Père jésuite et un autre prêtre séculier, de sorte que nous ne savons pas encore ce qui en sera. Nous avions pensée d’envoyer pour le retirer, mais nous nous trouvons bien empêchés. Comment faire? Deux raisons nous en empêchent : i° pource que, si nous demandons sa liberté, iil faudra déclarer qu’il est prêtre; et cela, ce serait le découvrir, pource que c’est pour cela que l’on l’a mis prisonnier. La seconde chose qui nous empêche encore, c’est à cause que l’on ne sait encore comme l'on

est, c’est-à-dire la France et l’Angleterre1, les affaires, étant brouillées. L’Ecosse commençait un peu à respirer depuis quelques années, et plusieurs conversions se faisaient; mais, depuis environ dix ou douze jours, on a renouvelé des ordonnances qui sont très rigoureuses contre les pauvres catholiques; de sorte que le pauvre M. Lumsden n’est point en sûreté. Il me dit qu’il y a longtemps qu’il n’a point eu nouvelle de M. Duiguin. Peut-être que le mauvais temps en a été la cause, ces montagnes étant toutes couvertes de neige ; car la lettre que je reçus hier est datée du mois de mars.

A-t-on fait exercer les cérémonies? Et M. Admirault 2 ayant répondu que non, M. Vincent répliqua qu’on le devait faire. J’ai fait prier M. l’abbé de Chandenier 3 de dire, la sainte messe et faire l’office, et je souhaite que la Compagnie se mette dans cette pratique de céder toujours (comme, par exemple, aux évêques qui nous viennent visiter, et autres personnes de piété) les principales fonctions qui sont à faire. C’est ainsi qu’en usaient les premiers chrétiens à l’égard des personnes considérables qui les venaient visiter. Et même il s’est vu dans un concile des évêques qui se sont plaints d'autres évêques, de ce que, les ayant été visiter, ils ne leur ont pas rendu cette déférence, celui qui est visité devant céder par humilité à celui qui visite. Ce sera donc M. de Chan denier, qui est un saint hommeau prix de moi, misérable, un homme si modeste et si vertueux, et qui nous est à si grand exemple !

Et adressant la parole à M. Portail, il lui dit : « M. Portail, qu est-ce qu’il faut faire? » Et ensuite

manustr't note clue Ie saint dit par distraction : la France 1 Fspagne.

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