‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 2)Chapitre 160 sur 280 · RÉPÉTITION D'ORAISON DU 24 JUILLET ib · texte numérisé non relu

RÉPÉTITION D'ORAISON DU 24 JUILLET ib

Misère générale provoquée par les guerres. — Il faut travailler avec abnégation, zèle et dévouement. — Exemple donné par les missionnaires de Barbarie et de Madagascar. — Indulgence plénièie accordée par le Pape à tous les missionnaires pour 1 heure de la mort.

Je renouvelle la recommandation que j ai faite et qu’on ne saurait assez faire, de prier pour la paix, afin qu’il plaise à Dieu réunir les cœurs des princes chrétiens. La guerre est par tous les royaumes catholiques : guerre en France, en Espagne, en Italie, en Allemagne, en Suède, en Pologne, attaquée par trois endroits, en Hibernie, jusque dans les pauvres montagnes et rochers presqu’ inhabitables. L’Ecosse n’est guere mieux; P Angleterre, on sait l’état déplorable où elle, est. Guerre partout, misère partout. En F rance, tant de gens souffrent! O Sauveur! 6 Sauveur! si, pour quatre mois que nous avons eu ici la guerre, nous avons eu tant de misère au cœur de la France, où les vivres abondaient de toutes parts, que peuvent faire ces pauvres gens des frontières, qui sont dans ces misères de-( puis vingt ans? Oui, il y a bien vingt ans qu’ils ont touii jours la guerre; s’ils ont semé, ils ne sont pas assurés de recueillir; les armées viennent, qui pillent, qui enlèvent et ce que le soldat n’a pas pris, les sergents le pren nent et l’emportent. Après cela, que faire? Que deve nir ? Il faut mourir. S’il y a une vraie religion... qu’ai-je dit, misérable!... s’il y a une vraie religion ! Dieu me le pardonne! Je parle matériellement. C’est parmi euxv

Entretien 1213. Recueil de diverses exhortation?, p. 7S.

c’est en oes pauvres gens que se conserve la vraie religion, une foi vive ; ils croient simplement, sans éplucher; soumission aux ordres, patience dans l’extrémité des misères à souffrir tant qu’il plaît à Dieu, les uns pour les guerres, les autres à travailler le long du jour à la grande ardeur du soleil; pauvres vignerons, qui nous donnent leur travail, qui s’attendent à ce que nous prierons pour eux, tandis qu’ils se fatiguent pour nous nourrir !

On cherche l’ombre; on ne voudrait pas sortir au soleil; nous aimons si fort nos aises! En mission du moins on est dans l’église à couvert des injures du temps, de l’ardeur du soleil, de la pluie, auxquelles ces pauvres gens sont exposés. Et nous crions à l’aide si l’on nous donne un tant soit peu plus d’occupation qu’à l’ordinaire. Ma chambre, mes livres, ma messe! Encore pour cela, baste ! Est-ce là être missionnaire, d’avoir toutes ses aises ? Dieu nous sert ici de pourvoyeur, il nous fournit tous nos besoins et plus que tous nos besoins, il nous donne la suffisance et au delà. Je ne sais si nous songeons assez à le remercier.

Nous vivons du patrimoine de Jésus-Christ, de la sueur des pauvres gens. Nous devrions toujours penser quand nous allons au réfectoire : « Ai-je gagné la nourriture que je vais prendre? » J’ai souvent cette pensée, qui me fait entrer en confusion : « Misérable, as-tu gagné le pain que tu vas manger, ce pain qui te vient du travail des pauvres? » Au moins, si nous ne le gagnons pas comme eux, prions pour leurs besoins. B os cognovit possessorem suum 1 ; les bêtes reconnaissent ceux qui les nourrissent. Les pauvres nous nourrissent; prions Dieu pour eux; et qu’il ne se passe pas de jour que nous ne les offrions à Notre- Seigneur, afin qu’il lui plaise leur

i. Livre d’Isaïe I, 3.

faire la grâce de faire bon usage de leurs souffrances.

Je disais... que dis-je, misérable! On disait dernièrement que Dieu s’attend aux prêtres pour arrêter sa colère; il s’attend à ce qu’ils se mettront entre lui et ces pauvres gens, comme d’autres Moïse, pour l’obliger à les délivrer des maux causés par leur ignorance et par leurs péchés, et qu’ils ne souffriraient peut-être pas, s’ils étaient instruits et si l’on travaillait à leur conversion. C’est aux prêtres à le faire. Ces pauvres gens nous donnent leur bien pour cela; tandis qu’ils travaillent, qu’ils bataillent contre les misères, nous sommes les Moïse qui devons continuellement lever les mains au ciel pour eux. Nous sommes les auteurs, s’ils souffrent pour leur ignorance et pour leurs péchés; c’est donc nous qui sommes coupables de tout ce qu’ils souffrent, si nous ne sacrifions toute notre vie pour les instruire.

M. Duval, grand docteur de l’Eglise, disait qu’un ecclésiastique doit avoir plus de besogne qu’il n’en peut faire; car, dès que la faitardise2 et l’oisiveté s’emparent d’un ecclésiastique, tous les vices accourent de tous côtés : tentations d’impureté et tant d’autres! Oserai-je dire?... Il y faut penser; cela se présentera peut-être quelqu’autre fois. O Sauveur, ô mon bon Sauveur, plaise à votre divine bonté délivrer la Mission de cet esprit de faitardise, de recherche de ses propres aises, et lui donner un zèle ardent pour votre gloire, qui fera embrasser tout avec joie et qui ne lui fasse jamais refuser 1 occasion de vous servir! Nous sommes faits pour mla; et un missionnaire, un vrai missionnaire, un homme de Dieu, un homme qui a l’esprit de Dieu, tout lui doit être lion et indifférent; il embrasse tout, il peut Lüut , a plus iorte raison, une Compagnie, une congré-

2 Faitardise, fainéantise.

Ration peut tout étant animée et portée par l’esprit de Dieu.

Nos missionnaires de Barbarie et ceux qui sont à Madagascar, qu’ont-ils entrepris? qu’ont-ils exécité? qu’ont-ils fait? qu’ont-ils souffert? Un homme seul entreprend une galère où il y a quelquefois deux cents forçats : instructions, confessions générales aux sains, aux malades, de jour et de nuit, pendant quinze jours; et au bout de ce temps, il les traite, il va lui-même acheter un bœuf, il fait cuire cela; c’est leur régal; un homme seul fait cela! Tantôt il s’en va dans les fermes où l’on met des esclaves, et va trouver les maîtres pour les prier de lui permettre de travailler à l’instruction de leurs pauvres esclaves; il prend leur temps et leur fait connaître Dieu, les rend capables de participer aux sacrements, et à la lin il les traite et leur fait un petit régal 3.

Il parla aussi des frères Guillaume et Duchesne 4, qui, après avoir été esclaves, furent rachetés par l’aide du consul 5, à cause du zèle dont ils étaient animés dans leurs emplois auprès des pauvres esclaves 6.

A Madagascar, dit encore M. Vincent, les missionnaires prêchent, confessent, catéchisent continuellement depuis quatre heures du matin jusqu’à dix, et depuis deux heures après midi jusqu’à la nuit; le reste du temps, c’est l’office, c’est la visite des malades. Voilà des ouvriers, voilà de vrais missionnaires ! Plaise à la bonté de Dieu nous donner cet esprit qui les anime, un cœur grand, vaste, ample! Magnificat anima mea Do-

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