RÉPÉTITION D’ORAISON DU 20 JUILLET i
Il est défendu d’introduire les étrangers dans le jardin sans permission. — Les étudiants ne peuvent aller prendre leur récréation d ms le clos, sinon les jours de congé. — Ne pas poser aux portiers des questions indiscrètes. — Fermer les portes et ne pas conduire ies étrangers dans le cloître.
Un frère coadjuteur disant qu’à i'oraison il avait répété intérieurement quelques versets des psaumes de David qui portent à la confiance en Dieu, M. Vincent l'interrompit :
La pratique est bonne, dit-il, repasser par mémoire quelque passage de l’Ecriture Sainte, le tourner en toutes les façons pour en tirer un sens et en faire un précis.
Un autre frère setant mis à genoux pour s’excuser de répéter son oraison, M. Vincent lui dit :
Mon frère, puisque vous voilà à genoux, je vous avertirai d’une faute que vous fîtes hier : il vint quelqu’un vous demander; incontinent vous prîtes cette personne et la menâtes au jardin sans permission. O mon frère, cela 11’est pas bien; vous savez qu’il y a une règle expresse qui le défend; et cela a été toujours en pratique de suivre cette règle exactement et de ne rien faire de ce qui est défendu, sans permission. 11 n’y a pas d'ancien qui le voulût faire. M. Alméras me disait encore, un peu avant de partir, qu’il était édifié de voir l’exactitude aes anciens; et il me raconta qu’un d’eux ayant été 1 encontre dans le cloître par quelqu’un qui était venu pour lui parler, il pria d’attendre jusqu’à ce qu’il eût ( u. (.i mander permission de parler à cette personne; ce qu il a\ ait déjà fait plusieurs autres fois.
J di encore, ajouta-t-il, un autre avertissement à faire,
Recueil de diverses exhortations , p. 72.
Entretien 124.
qui regarde tous nos frères écoliers : au lieu de faire la récréation au jardin les jours qu’ils n’ont point de congé, ils la font au clos; je dis ce que j’ai vu; j’allai dernièrement au clos (c’est la troisième fois de cette année), je fus surpris de les y voir. Ne sommes-nous pas assez contents de ce jardin? N’est-ce pas assez grand en haut et en bas? Il y en a peu dans Paris d’aussi grands que le nôtre; allez dans toutes les maisons, chez les marchands, financiers, les gens du palais, vous ne les voyez presque jamais dans leur jardin ; ils sont attachés presque tous à travailler nuit et jour; après avoir passé tout le matin au palais, à peine ontils dîné qu’il faut qu’ils voient des pièces pour les rapporter dans l’après-dînée. Et nous, nous ne nous contentons pas de grands jardins; il nous faut le clos. Encore y en a-t-il qui ne se contentent pas du clos. Faut-il que nous menions une vie... je ne sais comment je dois dire... lautior ; si l’on pouvait faire un mot français de ce latin, 'plus commode... ce mot ne dit pas assez, plus voluptueuse , plus délicieuse , à gogo, à raise, plus large que les gens du monde? Et pensez-vous que messieurs les ordinands, qui nous voient à toutes les heures, de leurs fenêtres, promener dans ce clos, clans ces jardins, pêle-mêle, avec ces pauvres affligés qu’on y promène et les autres qui y travaillent, ne disent pas en eux-mêmes : « Voilà des gens qui vivent bien au large et qui n’ont rien à faire? )>
J’ai bien peur que cela ne scandalise. En effet, c’est le fait d’un homme qui n’a rien à faire et qui n’est guère occupé de Dieu, qui est dissipé, d’y aller hors des heures, sans permission, qu’on ne refuse jamais quand on en a besoin; et si l’on avait quelqu’incommodité qui requît un plus grand air que celui du jardin, on ne le refuserait jamais, et on ne l’a jamais refusé que je
sache; mais cette attache que l’on a à cette vaste étendue de Saint-Lazare cause bien du mal, car il y a d’autres maisons où il n’y a point de jardin. A Crécy, la Providence nous en avait donné un, et elle nous l’a ôté; à Sedan, point de jardin; il est vrai qu’on est sur le point d’acheter une maison avec jardin au faubourg, pour s’y promener quelquefois. Et quand on est ennuyé dans ces maisons, on a tant de peine de se résoudre à y rester ! Est-on là, on dit que cet air n’est pas bon, on se plaint toujours, on se trouve mal, on écrit. Je recommande de nouveau l’observance de cette règle et la défense d’aller au jardin et au clos, hors le temps de la récréation marqué par la règle, et moins encore d’y mener personne sans permission expresse.
Il y a aussi des prêtres, oui, des prêtres, non pas plusieurs, par la grâce de Dieu, mais quelqu’un qu’on voit souvent à cette porte regarder qui va et qui vient, qui passe dans la rue, qu’on voit discourir avec les portiers : « N’y a-t-il point de lettres pour moi ? Il y en devrait avoir. Ne m’est-on pas venu demander? » Et si l’on savait que les portiers ne doivent jamais rien dire! C’est être bien dissipé, c’est n’être guère occupé de Dieu; qu’on ne le fasse plus! Je prie les portiers de remarquer ceux qui le feraient à l’avenir et de me venir dire : « Monsieur, nous voyons tel et tel venir à la porte. )>
J’ai encore un autre avertissement à faire, et de ceci j en suis coupable comme les autres. Et premièrement, cest que, quand on passe par une porte, on ne la ferme point; je trouve toujours toutes les portes ouvertes, et moi-meme, misérable, je ne les ferme point; je ne me contente pas de ne pas veiller à ce que cette règle s’observe, j y contreviens le premier.
Il y a\ait autrefois à Hambourg un grand monasù re, des plus célèbres de l’Allemagne, qui est telle-
ment déchu, comme on me l’écrivait dernièrement, qu’il sert à présent de salle, de place publique. Le lieu où était l’église et où l’on voit encore des vestiges des murailles, c’est une halle où l’on vend de la chair et des autres choses. Voilà comment Dieu traite ceux qui se relâchent de la régularité. On ne voit d’autre chose que ces effets de la justice de Dieu, qui fait main basse de ceux qui abusent de ses grâces et des emplois qu’il leur avait donnés à son service, main basse de ce monastère, main basse de cet Ordre, main basse de cette Compagnie. J’ai bien peur que, par notre négligence, et par la mienne surtout, notre maison ne devienne aussi une place publique. Sitôt que quelqu’un est entré dans la cour : « Où voulez-vous aller ?» — « Au cloître. » — En voilà deux portes ouvertes. A la basse-cour, tout de même; et du cloître en tous les dortoirs, en toutes les chambres, à la cuisine; encore, pour celle-là, elle est fermée.
Aux Jésuites de la rue Saint-Antoine, on ne fait point entrer les gens; on les fait attendre sous la porte, ou bien on les fait entrer dans une galerie; la maison est disposée de la sorte. Pourquoi donc faire entrer tant de monde dans notre cloître? Je prie donc les portiers, quand quelqu’un viendra demander quelqu’un de nous, de faire attendre sous la porte, ou de faire entrer dans une salle, et non pas dans le cloître. Si ce ne sont pas des gens à qui on doive grand respect, on peut leur dire : « Monsieur (par exemple), ayez un peu de patience ici, je vais le chercher »; et aussi qu'on le fasse attendre le moins qu’il se peut. Je prie les portiers de faire diligence pour chercher ceux qu’on demande, et ceux-là de venir au plus tôt.
Je recommande encore la pratique de cette règle et j’ordonne d’être soigneux à fermer toutes les portes. Quand le supérieur dit : « J’ordonne », comme il a au-
torité de Dieu, on ne peut contrevenir à l’ordre sans contrevenir à Dieu et à ce qu’il demande de nous; car Dieu est ordre; Dieu et l’ordre, c’est la même chose.