‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 2)Chapitre 167 sur 280 · Saint Jérôme · texte numérisé non relu

Saint Jérôme

néanmoins je vous répondrai pue nous autres qui sommes de la partie septentrionale, nous sommes fort peu sujets aux passions; ce n’est pas qu’il n’y en ait quelques-unes, mais non pas communément parlant. » Et en effet j’ai pris garde depuis et vu par expérience que ce qu’il m’avait dit était vrai, que ceux qui sont du septentrion sont beaucoup moins sujets à se laisser emporter à la passion, aux mouvements de colère, et que ceux du côté du midi et de ces pays plus chauds le sont davantage. De là, vous voyez que, dans certaines villes, comme, par exemple, dans Constantinople, il y a une police, c’est-à-dire des gens qui s’en vont par toute la ville, par les marchés et les foires, avec des archers, sergents, pour visiter et remarquer ceux qui parlent trop haut et font trop de bruit, tout ainsi que vous voyez par Paris ces marchands jurés qui

vont visiter de boutique en boutique, et, s’ils en trouvent quelqu’un qui s’emporte et parle trop haut, sans autre forme de procès et sur-le-champ ils le font coucher sur le pavé, étendu, et là lui font donner vingt, trente coups de bâton. Or, ces gens-là, ces Turcs font cela par pure police; à combien plus forte raison le devons-nous faire, nous autres, par principe de vertu.

I ne des résolutions entre autres que ce bon docteur dont je vous viens de parler, prit dans sa retraite, ce fut de tacher d’imiter en quelque chose un autre docteur de Sorbonne qui est maintenant évêque et qui est à bien grand exemple et un prélat doué d’une bien

haute vertu, que je voyais tous les jours et avec qui je conversais.

Eotre- Seigneur Jésus-Christ est le vrai modèle et ce grand tableau invisible sur lequel nous devons former toutes nos actions; et les hommes les plus parfaits qui sont ici-bas vivant en terre sont les tableaux visibles e

sensibles qui nous servent de modèles pour donner une bonne règle à toutes nos actions et les rendre .agréables à Dieu.

Je voudrais. Messieurs, que vous eussiez vu le silence qu’il y a au Louvre et la manière de se parler les uns aux autres; vous y verriez quelquefois quarante, cinquante, quatre-vingts, cent personnes qui attendent, s’entretenir les unes avec les autres en parlant bas, de sorte que vous entendriez une mouche bruire d’un bout de la salle à l’autre. Chez feu Monseigneur le cardinal de Richelieu, où j’ai été plusieurs fois, il y avait un silence merveilleux ; et chez celui-ci 3 aussi vous voyez que chacun s’entretient honnêtement, civilement, modestement les uns avec les autres.

Si vous voyiez Messieurs de Sorbonne, comme ils font leurs récréations ensemble; cela est si beau! Ils ont une allée où ils se promènent trois à trois, quatre à quatre et s’entretiennent ainsi les uns avec les autres cordialement, doucement et respectueusemnt. Pour moi, je vous avoue que je ne sais d’où vient que nos récréations vont si mal, vu que cela est contre la manière de bien converser, contre la civilité humaine, contre le sens commun même. Nos frères les écoliers sont ceux qui sont les plus coupables de cela, et moi premièrement, qui ne donne pas le bon exemple que je devrais.

On demande d’où vient que, dans le parlement, il y a quelques chambres qui sont en meilleure réputation que les autres, et on ne donne point d’autre raison sinon que, les premiers présidents et conseillers de ces chambres-là ayant donné un bon commencement et établi une façon de traiter les affaires solidement et avec toute la connaissance possible, les autres qui les ont suivis ont conservé ce même esprit et cette même ju-

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