Nicolas Pavillon
qu’il a choisis pour avancer sa gloire par oe moyen,, comme, par sa miséricorde, il y en a plusieurs dans la. Compagnie. Dieu soit béni !
Divin Sauveur, qui êtes venu en terre pour nous prêcher dans la simplicité, et, par votre exemple, nous, enseigner cette sainte méthode, nous vous supplions humblement que vous nous fassiez tous entrer dans votre esprit de simplicité, et que vous nous donniez, par votre grâce, cette sainte méthode, afin que, par ce moyen, nous puissions utilement annoncer votre sainte parole et la porter par tout le monde, comme vos disciples, à qui vous lavez donnée. O Sauveur, doux Sauveur, répandez sur nous cet esprit de méthode. Espérons qu’en coopérant de notre côté, Dieu nous fera cette grâce. Monsieur Portail nous entretiendra bien mieux demain, s’il lui plaît, de cette sainte méthode.
Et voilà que j’ai fait. Dieu soit béni! Il y aurait bien à dire, mais il est trop tard. Je suis toujours trop long, je m’amuse toujours, je suis à charge, comme une grossebête.
Je ne pense pas qu’il y ait rien qui puisse maintenant nous empêcher de prendre cette méthode de prêcher. Sera-ce le plaisir? O Dieu! c’est elle qui nous fait prêcher avec plus de satisfaction que toute autre. Je ne pense pas que tous les plaisirs du monde puissent égaler le moindre que l’on tire de cette méthode. Quel plus grand plaisir peut avoir un prédicateur que de voir ses auditeurs venir à lui, que de les voir pleurer, comme il est arrivé souvent à vous-mêmes? N’est-il pas vrai que souvent vous voyez votre auditoire en larmes? Et quand vous voulez partir, il faut se dérober; on court après vous, on court après vous, n’est-il pas vrai, Monsieur? Répondez-moi, je vous prie, sincèrement, ditesnous comment cela se fait, s’il en est ainsi? — Oui, Monsieur, l’on ne sait comment partir pour se défaire-
du monde. — O Sauveur ! quel plus grand contentement au monde que celui-là! Voir tout votre monde sensiblement touché de ce que vous prêchez ! Quelle autre satisfaction doit avoir un orateur, que d’obtenir ce qu’il demande ! Quel plus grand plaisir ! Et voilà, Messieurs, ce qui, selon votre propre expérience, s’obtient tous les jours par la petite méthode.
Que pouvez-vous prétendre ? La conversion du peuple ? Eh ! voilà qu’après vos prédications dans cette méthode ils viennent tous à vous, si persuadés, qu’ils sont prêts à faire tout ce que vous leur ordonnerez. Quel plus grand plaisir, quel plus grand plaisir, ô Sauveur !
Etes-vous jaloux d’acquérir de l’honneur ? Y a-t-il méthode au monde où il s’en trouve davantage ? Il ne faut pas s’en servir pour cela; ce serait une intention diabolique. Mais, Messieurs, pour l’honneur, y en a-t-il de plus grand à acquérir pour nous, que d’être traités comme les apôtres, comme le Fils de Dieu? Hélas! on nous donne les mêmes louanges qu’on a données à Jésus-Christ. « Bienheureux, dit-on .aux missionnaires, les ventres qui vous ont portés ! )) Quand ils partent, on crie après eux : « Bienheureuses les mamelles qui vous ont allaités ! Oh ! que vos mères sont heureuses ! » O Sauveur ! qu'a-t-on dit davantage du Fils de Dieu? Et on dit toutes ces louanges et beaucoup d’autres, qui vous importunent, aux missionnaires, quand ils ne se servent que de la petite méthode. Il y a donc là dedans bien de l'honneur et du plaisir à acquérir; ce ne sera pourtant pas pour cela que nous l’embrasserons, mais pour 1 amour de Dieu, de qui nous la tenons.
Mais cette méthode est si basse! Oue dira-t-on de moi, de prêcher toujours ainsi? Pour qui me prendra-ton ? A la fin, un chacun me méprisera, je perdrai mon honneur. — Vous perdrez votre honneur ! O Sauveur !
en prêchant comme Jésus-Christ lui-même a prêché, vous perdrez votre honneur! Traiter la parole de Jésus- Christ comme Jésus-Christ même Ta voulu traiter, c’est n’avoir pas d’honneur ! C’est perdre son honneur que de parler de Dieu comme le Fils de Dieu en parle! O Sauveur! ô Sauveur! Jésus-Christ, le Verbe du Père, n’avait donc pas d’honneur! De faire comme il faut des sermons, dans la simplicité, dans le discours familier et ordinaire, comme a fait Notre-Seigneur, c’est n’avoir pas d’honneur; et faire autrement, c’est être homme d’honneur! Déguiser et falsifier la parole de Dieu, c’est avoir de l’honneur! C’est avoir de l’honneur de couvrir d’affecterie, de masquer et de faire passer pour une galante remplie de vanité la parole de Dieu, la sacrée parole de Dieu ! O Sauveur, ô divin Sauveur ! qu’est-ce que c’est ? Messieurs, qu’est-ce que c’est ? Dire que c’est perdre son honneur que de prêcher l’Evangile comme a fait Jésus-Christ! J’aimerais autant dire que Jésus- Christ, lui qui était la Sapience éternelle, n’a pas bien su comment traiter sa parole, qu’il ne l’entendait pas bien, et qu’il faudrait s’y comporter d’une autre manière qu’il n’a fait. O Sauveur! quel blasphème! Et voilà ce que l’on dit, sinon distinctement, du moins tacitement et dans le cœur; sinon au dehors devant les hommes, du moins devant Dieu, qui voit les cœurs; et on ose produire ces horribles blasphèmes devant Dieu, devant Dieu, à sa face! et on a honte des hommes! Devant Dieu ! devant Dieu ! O Sauveur ! miséricordieux Sauveur! Hélas! Messieurs, vous voyez bien que c’est un blasphème de dire et de penser qu’on perd son honneur en prêchant comme le Fils de Dieu a prêché, comme il est venu nous enseigner, comme le Saint-Esprit a instruit les apôtres.
Un jour je demandais à Monsieur ... : « Mais, Monsieur, dites-moi, s’il vous plaît, comment faisait saint
Vincent Ferrier, qui convertissait tant de personnes et qui attirait le monde de toutes parts, en sorte qu’il fallait faire suivre des convois? » Il me répondit : a II est ainsi; ce grand homme prêchait dans la simplicité, familièrement, se faisant bien entendre de tout le monde. » O Sauveur ! ô simplicité ! tu es donc bien persuasive ! La simplicité convertit tout le monde. Il est bien certain que, pour bien convaincre et gagner l’esprit de l’homme, il faut agir dans la simplicité; l’on n’en vient pas à bout, d’ordinaire, par les beaux discours d’apparat, qui crient haut, font grand bruit, et voilà tout. Tous ces beaux discours étudiés ne font ordinairement qu’émouvoir la partie inférieure. Ils feront peur peut-être à force de crier avec un ton, je ne sais quel ; ils échaufferont le sang, exciteront des désirs, mais tout cela dans la partie inférieure, point dans la partie supérieure; la raison, l’esprit n’est aucunement persuadé. Et tous ces mouvements de la partie inférieure ne font rien, si l’entendement n’est convaincu; si la raison ne le touche au doigt, tout le reste passe bientôt, passe bientôt, et le discours demeure inutile. Vive donc la simplicité, la petite méthode, qui est la plus excellente et celle par laquelle on peut acquérir plus d’honneur, persuadant bien l’esprit, sans toutes ces clameurs qui ne font qu’importuner les auditeurs ! Eh ! Messieurs, cela est tellement vrai que, si un homme veut maintenant passer pour bon prédicateur dans toutes les églises de Paris et à la cour, il faut qu’il prêche de la sorte, sans nulle affecterie. Et l’on dit de celui qui prêche ainsi et qui prêche des mieux : « Cet homme fait merveille, il prêche à la missionnaire, à la missionnaire, il prêche en apôtre. » O Sauveur ! Et Monsieur ... me disait qu’à la fin il faudrait en venir là. Et en vérité, prêcher autrement, c’est se moquer, c’est vouloir se prêcher soi-même, non pas Jésus-Christ.
Il prêche à la missionnaire! O Sauveur! vous avez donc fait cette grâce à la petite et chétive Compagnie de lui inspirer une méthode que tout le monde veut suivre; nous vous en remercions de toutes nos forces. Ah! Messieurs! ne nous rendons point indignes de cette grâce, que tout le monde estime si fort, que l’on dit d’un excellent prédicateur : « Il prêche à la missionnaire. » Hélas ! que serait-ce si nous seuls la méprisions ! Dieu n’aurait-il pas sujet de se plaindre de ce que nous faisons si peu de cas de ce grand don qu’il nous a fait, pour nous communiquer ses lumières, et à tout le monde par notre moyen !
Or sus, Dieu soit béni ! Je vous prie, Messieurs, d’offrir la messe pour cela, et vous, mes frères, de communier la prochaine fois à cette intention.