Pierre Nivelle; il mourut le xo novembre
sont en pays étrangers. J’ai appris, depuis quelques jours, que M. Le Blanc était sorti; le principal du collège des Ecossais me l’a dit; je ne sais si cela est, je n’en ai point de lettres; nous en remercierons Dieu en tout, car nous ne laisserons pas de prier sa divine bonté qu’elle lui donne la force de supporter tout ce qu’il plaira à la divine Providence qu’il lui arrive, d’endurer les peines qui se rencontrent, s’il est délivré, et la mort même, si Dieu le désire ainsi de lui, toujours avec une entière résignation à son bon plaisir. Il n’aurait qu’à dire : « Je ne suis pas prêtre », pour être entièrement délivré; mais il aime mieux mourir que dire : « Je ne suis pas prêtre. » S'il le disait, on le laisserait aller incontinent, la porte de la prison lui serait ouverte.
Nous prierons aussi pour Messieurs Duiguin et Lumsden, qui travaillent en ces pays. O Sauveur ! quels fruits n’y font-ils pas! Il faudra lire ce qu’on en a écrit. Les dames ont elles-mêmes colligé des écrits et des lettres, et les lisent avec des sentiments de religion et de bénédiction. O Sauveur !
Pour ceux qui sont en Barbarie, MM. Le Vacher et les autres, qui travaillent, qui ont tant de peine, tant de choses à souffrir dans ces contrées et qui n’en disent mot, n’en témoignent rien... ; et pourtant ils ont à souffrir de tous, des Turcs et des esclaves, à visiter, traiter et entretenir ces pauvres prisonniers, à courir deçà et delà, et ils n’en disent mot; au contraire, par leurs lettres nous voyons qu’ils sont bien aises de souffrir, et ils en demandent davantage, ils veulent encore plus de souffrances. O Sauveur! prions Dieu qu’il donne cet esprit à tout le corps et au cœur de la Compagnie. Grande bénédiction de Dieu, qu’il daigne se servir pour cela de cette petite Compagnie, qu’il nous fasse l’honneur de souffrir pour lui en quelques membres des nôtres, en la personne de M. Le Blanc et des autres!
Grande grâce qu’il nous fait d’aller ainsi porter sa parole dans le monde !
Il y avait des religieux qui s’étaient embarqués pour aller où sont nos missionnaires en Barbarie; mais, étant là, ils ont trouvé de si grandes difficultés, qu’il a fallu revenir; et Dieu merci, par sa miséricorde, les noires y sont et y travaillent avec succès. Prenons garde de ne nous rendre pas indignes de cette grande grâce et que Dieu la retire de dessus nous. Un Cordelier me disait dernièrement : « Ah ! Monsieur, la grande bénédiction ! O Dieu! quel progrès ne peut-on pas faire! » Il demandait pour ceux qui sont aux Indes et en Orient un assistant auprès de leur général, afin de pouvoir, par ce moyen, subvenir à beaucoup de nécessités où l’on se trouve; il l’a demandé dans le chapitre général, mais il le leur a été refusé pour beaucoup de raisons. Ce Père disait donc avec grand ressentiment : « Prenez garde que Dieu ne retire de vous cette grâce qu’il vous a faite, et qu’il ne vous punisse, ôtant de votre corps cette vocation, et faisant encore que personne n’aille plus dans ces pays ! » Il en témoignait ce grand ressentiment et me dit : « O Monsieur, la grande bénédiction que Dieu vous a faite de... » Je ne le dois pas dire.
Prenons garde que Dieu ne nous ôte cette grâce. Il lui a plu se servir de ce petit corps pour accomplir ses desseins. Soyons comme ce. petit paysan qui portait le sac, et, voyant celui qui le menait se mettre à genoux et prier, il priait, son petit sac sur le dos; et comme on lui demanda ce qu’il faisait là : « Je prie Dieu, dit-il, qu’il fasse ce que vous lui demandez; je suis un pauvre idiot, qui ne saurais lui rien dire, je lui demande qu’il vous écoute; je voudrais lui dire ce que vous lui dites, mais je ne le saurais; ainsi je lui offre ce que vous lui dites. »
Ah ! nous sommes ceux qui portent le sac, ces pau-