‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 2)Chapitre 197 sur 280 · XI · texte numérisé non relu

XI

vres idiots qui ne sauraient rien dire, ces petits glaneurs qui viennent après les grands missionnaires. Remercions Dieu de ce qu’il lui a plu en cela agréer nos services; offrons-lui les grandes moissons des autres avec nos petites poignées, soyons toujours prêts à faire ce qui est en nous pour le service de Dieu et du prochain. Si Dieu a fait une si grande bénédiction, ce n’est pas assez ; s’il a donné une si belle lumière, une si grande grâce à ce paysan, qu’il a mérité que l’histoire parlât de lui, espérons que, faisant notre possible pour contribuer à ce que Dieu soit honoré en ce qui est en nous, Dieu fera le reste, recevra en bonne part et bénira nos petits travaux et nos petites offres.

Il se sert de qui il lui plaît pour opérer de grandes choses. Voyez nos messieurs qui sont en pays étrangers, M. Le Blanc entre autres; il ne dit mot; ce ne sont pas des personnes qui aient paru; et vous voyez les grandes choses que Dieu exécute par ce sien serviteur et les autres. Espérons en Dieu, soyons bien résignés à sa sainte Providence.

Nous prierons aussi Dieu pour les autres, M. Bourdaise, M. Mousnier. O Sauveur! un de ces jours, je parlais à un de ces messieurs qui sont revenus de ce pays; que ne me disait-il de M. Nacquart! Le grand serviteur de Dieu ! Avec quels sentiments m’en parlaitil ! Que de bien ! Grande perte que celle de ce serviteur de Dieu, mais grand avantage ! O Sauveur ! Sanguis martyr uni, semen christianorum. Cela me fait espérer que son martyre (car il est mort pour Dieu) sera la semence des chrétiens, que Dieu, en vue de sa mort, nous donnera la grâce de fructifier. Et de M. Gondrée, 6 Dieu! quels sentiments, quels sentiments! J’ai toujours présent cet homme-là, sa grande douceur, sa grande modestie; je me sens encore des bons discours qu’il

nous tenait dans le tracas pour s’embarquer, cet homme* de Dieu! O Sauveur! Dieu soit béni! Dieu soit béni!

Or sus, demandons à Dieu qu’il donne à la Compagnie cet esprit, ce cœur, ce cœur qui nous fasse aller partout, ce cœur du Fils de Dieu, cœur de Notre-Seigneur, cœur de Notre-Seigneur, cœur de Notre-Seigneur, qui nous dispose à aller comme il irait et comme il serait allé, si sa sagesse éternelle eût jugé à propos de travailler pour la conversion des nations pauvres. Il a envoyé pour cela les apôtres ; il nous envoie comme eux pour porter partout le feu, partout. Ignem vent initier e in terrant , et quid volo nisi ut accendatur 2 ; partout ce feu divin, ce feu d’amour, de crainte de Dieu, par tout le monde : en Barbarie, aux Indes, au Japon. Voilà qui est marqué par ceci : S an guis martyrum , semen christianorum. On y a tourmenté les chrétiens, on les poursuivait partout; avec quelle rage les faisait-on mourir cruellement ! Mais enfin, par la miséricorde de Dieu, les affaires ont changé de face, le roi cruel est mort, et celui qui lui a succédé ne fait mourir personne; au contraire, il a permis aux Portugais d’y trafiquer, aux prêtres d’y aller, et l’on y vit en toute assurance, sans aucun danger, par la grâce de Dieu.

Ah ! Messieurs, demandons bien tous à Dieu cet esprit pour toute la Compagnie, qui nous porte partout* de sorte que, quand on verra un ou deux missionnaires* on puisse dire : « Voilà des personnes apostoliques sur le point d’aller aux quatre coins du monde porter la parole de Dieu. » Prions Dieu de nous accorder ce cœur; il y en a, par la grâce de Dieu qui l’ont, et tous sont serviteurs de Dieu. Mais aller là! ô Sauveur! n’êfcre point arrêté, ah ! c’est quelque chose ! Il faut que nous

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