‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 2)Chapitre 200 sur 280 · Nicolas Pavillon · texte numérisé non relu

Nicolas Pavillon

tous; il y venait même quelques prêtres de Paris; et là tout bonnement nous nous exercions, comme nous faisons, tout bonnement; l’on prenait un sujet, et un chacun disait les motifs qu’il avait sur cela; ensuite l’on en venait aux actes et puis aux moyens. Voilà comme l’on faisait, et chacun disait tout bonnement son petit avis, et quelquefois on composait sur le lieu même, M. de Boulogne d’un côté, M. d’Alet de l’autre, M. Portail aussi; car il sait cela; il n’y a que moi qui n’aie jamais rien su qui vaille. L’on voyait comment on s’y prendrait pour bien traiter ceci, pour bien persuader, et toujours dans la simplicité, dans la simplicité; et voilà comment on s’y comportait.

Les Pères de l’Oratoire ont cette pratique parmi eux de s’exercer ainsi à prêcher, chaque jour quatre; n’estce pas, Monsieur Alméras, vous qui avez été à Rome, où cela se fait?

Monsieur Alméras : « Oui, Monsieur, il y en a quatre qui prêchent, chacun demi-heure. »

— • Quatre montent en chaire et prêchent, dites-vous, demi-heure chacun, sur quatre sujets différents ; n’est-ce pas, Monsieur Martin?

Monsieur Martin : « Oui, Monsieur, j’entends. »

— Ils prêchent donc quatre; ils sont chacun demiheure sur divers sujets; l’un sur l’Evangile, l’autre sur quelque mystère, un sur la vie d’un saint, l’autre sur quelque vertu, comme cela, dans une chaire basse; et il y a dessus la grande chaire, où se font les sermons; et ce sont les Capucins ordinairement et quelque Ordre qu’il y a, je ne m’en souviens pas, qui prêchent dans la grande chaire, dans l’église des Pères de l’Oratoire; mais eux ils ne prêchent que dans cette petite chaire basse.

Monsieur Alméras : « Monsieur, cette chaire n’est pas

si basse; elle a sept ou huit marches, à peu près comme celle du bâtiment neuf. »

— Eh bien ! donc ils ne prêchent que dans cette chaire, dans la simplicité, avec un discours si familier que rien plus, et non autrement, qu’avec une manière toute familière, et ce durant deux heures chaque jour, demi-heure chacun. Et voilà la plus grande dévotion de Rome. Tout va là. La plus grande dévotion est aux Pères de l’Oratoire, où se font ces petits sermons, dans la simplicité et familiarité, et non autrement; et si quelqu’un prêche autrement, on l’en corrige, on l’avertit, afin de garder la méthode de leur Père le bienheureux Philippe 3. On les corrige quand ils y manquent, et c’est par ce moyen qu’ils se maintiennent.

Monsieur Aimeras : « Monsieur, vous plaît-il que je dise une chose qui est bien d’édification et, ce me semble, fort utile à ce propos? »

— Oui, Monsieur, faites; je vous en prie, Monsieur, vous qui avez vu tout cela, dites-la nous, Monsieur, je vous en prie.

Monsieur Aimeras : « Monsieur, il y eut une fois, je pense que c’était sous le bienheureux Philippe de Néri (il vivait encore, ce me semble), il y en eut un qui fit un beau sermon, qui ne passa point sa demi-heure, mais d’une manière un peu plus relevée que d’ordinaire; il y avait quelque chose qui l’emportait; cependant il fut admiré de tout le monde et prêcha même utilement ; son sermon était utile, mais d’un air plus relevé que l’ordinaire. Le supérieur lui dit ensuite : « Vraiment vous nous avez fort bien prêché; ce discours me semble beau; je vous supplie de nous le prêcher encore une fois; cela est fort beau. » Tellement qu’il l’obligea de prêcher encore le lendemain la même pièce, et ensuite huit ou dix

Page 1