Saint Philippe de Néri
fois à la suite, de sorte que tout le monde disait : a Voilà le père d’un sermon, le père du sermon. »
Monsieur Vincent : Voilà qui est beau, cela est beau, et cela nous apprend bien l’état que ces messieurs font de la simplicité, et nous doit exciter à en faire de même pour la conservation de notre méthode dans la simplicité, non pas comme je fais : crier fort, frapper des mains, m’élevant à moitié de la chaire. Ces Pères prêchent avec tant de retenue qu’ils n’oseraient faire seulement cela, et ils en seraient bien repris. Cependant tout Rome va là, et ils ont toute la dévotion. Aussi estce la meilleure façon d’y procéder, tout bonnement, avec familiarité, sans s’emporter comme moi, misérable.
Un deuxième exemple qui nous apprend le soin que nous devons avoir de conserver notre méthode, c’est celui des huguenots; l’autre est d’un saint, et celui-ci des huguenots. Calvin lit donc lui-même une méthode de prêcher : prendre un livre, comme fi-t Notre-Seigneur, lire, l’expliquer selon le sens littéral et le spirituel, et puis tirer des moralités. Voilà la méthode de Calvin, que les huguenots gardent depuis dans leurs prêches; et encore aujourd’hui les huguenots font de trois mois en trois mois des conférences... Non, ce n’est pas cela... (quelqu’un ayant suggéré consistoire), ni consistoire non plus... ah ! le voici : colloques. Dans leurs colloques donc, où s’assemblent tous les trois mois plusieurs ministres, ils traitent de la manière de prêcher, et ceux qui ne la savent pas bien l’apprennent; les autres prêchent, et ils sont comme cela (montrant à sa droite), ou comme là (montrant l’autre côté) à côté de la chaire; et ils remarquent si l’on prêche bien selon leur manière, et s’avertissent; et ceux qui ne savent pas cette méthode n’ont point d’emploi. Ils la rapportent encore au consistoire.
Eh! Messieurs, si la prudence humaine, que dis- je?
si l’invention du diable et l’hérésie agissent avec tant de précaution pour se maintenir, de quels moyens ne devons-nous pas nous servir pour conserver notre sainte méthode, puisque ceux-là, par des! motifs purement humains, travaillent tant pour une chose vaine et inutile î O Sauveur! je pense donc qu’il sera bon, comme l’on a déjà fait autrefois, de prendre un sujet, et chacun dira courtement sa raison. Il faudrait écrire, pour cela. Notre frère, n’avez-vous pas là une écritoire ?... Allez chercher du papier, vous en trouverez dans notre chambre... Cette porte est fermée, passez de l’autre côté.
Quel sujet prendrons-nous? Prenons l’humilité pour aujourd’hui; chacun dira ses motifs premièrement et en peu de mots, sans s’étendre; un passage suffit, une raison brièvement.
Monsieur Alméras, quelle raison nous donnerezvous pour nous porter à l’humilité?
Après que Monsieur Alméras eut avancé une raison pour nous porter à l’humilité, M. Vincent demanda une autre raison à celui de messieurs les .anciens qui suivait, et ensuite à tous les autres, selon l’ordre où ils étaient assis. Et chacun dit une raison, ou qu’il n’avait que celles qu’on avait déjà alléguées, et en fort peu de paroles.
Après que messieurs les anciens eurent proposé les raisons, il passa aux actes de l’humilité, ayant mis devant la définition.
Pendant que l’on proposait les actes, il dit :
Il faut toujours descendre au particulier; vous l’avez vu ; et c’est là le fruit, de descendre au particulier, marquant les circonstances, le lieu, le temps où il faut exercer cet acte-ci et celui-là.
M. Alméras lui ayant dit quelque chose, il répliqua
Oui, Monsieur, et c’est en quoi nous manquons la plupart dans nos conférences, qui disons bien ce que c’esten gros, mais voilà tout; ce n’est pas assez; il faut.
tant qu’on peut, spécifier et marquer les actes particuliers. Dans ces conférences, où l’on fait merveille, il y en a qui ont ce don de Dieu, de descendre au particulier, quand ils parlent; un chacun a les yeux sur eux; et cela, spécifié en particulier en telle et telle occasion, est ce qui profite le plus ; et voilà le grand fruit. Que si quelqu’un après cela vient à dire de belles pensées, allègue de fortes raisons, quantité d’autorités des Pères, des conciles, cela est beau, mais il efface tout ce que l’autre, en particularisant, avait laissé de bon dans les âmes. Mais comme, lorsque vous avez fait impression sur quelque chose, si quelqu’un vient avec une éponge effacer tout, il n’y paraît plus d’impression, tout est effacé; de même l’esprit perd les bons sentiments qu’il avait, et ses saintes pensées s’en vont. Ce discours relevé en met d’autres, qui empêchent les premières. Il faut, Messieurs, il faut toujours descendre au particulier, montrer bien en détail les actes, et voilà où se trouve ordinairement le grand fruit. L’esprit se propose pour lors cet acte en telle occasion, et celui-là en telle autre; toujours au particulier, le plus qu’il sera possible.
L’on passa ensuite aux moyens d’acquérir l’humilité, et après qu’on en eut avancé plusieurs, vers la fin il dit :
Je remercie Dieu des grâces qu’il vous a données et de tant de bonnes et belles choses que vous venez de dire. Nous verrons s’il faudra continuer. Dieu soit béni !