SUR LES PRÊTRES
Béni soyez-vous, Seigneur, des bonnes choses qu’on vient de dire, et que vous avez inspirées à ceux qui ont parlé! Mais, mon Sauveur, tout cela ne servira de rien, si vous n’y mettez la main; il faut que ce soit votre grâce qui opère tout ce qu’on a dit, et qui nous donne cet esprit sans lequel nous ne pouvons rien. Que savonsnous faire, nous qui sommes de pauvres misérables! O Seigneur, donnez-vous cet esprit de votre sacerdoce qu’avaient les apôtres et les premiers prêtres qui les ont suivis ; donnez-nous le véritable esprit de ce sacré caractère que vous avez mis en de pauvres pêcheurs, en des artisans, en de pauvres gens de ce temps-là, auxquels, par votre grâce, vous avez communiqué ce grand et divin esprit; car, Seigneur, nous ne sommes aussi que de chétives gens, de pauvres laboureurs et paysans; et quelle proportion y a-t-il de nous, misérables, à un emploi si saint, si éminent et si céleste ! O Messieurs et mes frères, que nous devons bien prier Dieu pour cela, et faire quelque effort pour ce grand besoin de l’Eglise, qui va ruinée en beaucoup de lieux par la mauvaise vie des prêtres; car ce sont eux qui la perdent et qui la ruinent; et il n’est que trop vrai que la dépravation de
Entretien 141. — Abelly, op. cit 1. II, chap. u, sect. iv, p. 227. 1. Le passage relatif à l'invasion de la Pologne par le roi de Suède suppose cette date.
l’état ecclésiastique est la cause principale de la ruine de l’Eglise de Dieu. J’étais, ces jours passés, dans une assemblée, où il y avait sept prélats, lesquels, faisant réflexion sur les désordres qui se voient dans l’Eglise, disaient hautement que c’étaient les ecclésiastiques qui en étaient la principale cause.
Ce sont donc les prêtres; oui, nous sommes la cause de cette désolation qui ravage l’Eglise, de cette déplorable diminution qu’elle a soufferte en tant de lieux, ayant été presque entièrement ruinée dans l’Asie et dans l’Afrique, et même dans une grande partie de l’Europe, comme dans la Suède, dans le Danemark, dans l’Angleterre, Ecosse, Irlande, Hollande et autres Provinces-Unies, et dans une grande partie de l’Allemagne. Et combien voyons-nous d’hérétiques en France! Et voilà la Pologne qui, étant déjà beaucoup infectée de l’hérésie, est présentement, par l’invasion du roi de Suède, en danger d’être tout à fait perdue pour la religion.
Ne semble-t-il pas, Messieurs, que Dieu veut transporter son Eglise en d’autres pays? Oui, si nous ne changeons, il est à craindre que Dieu ne nous l’ôte tout à fait, vu principalement que nous voyons ces puissants ennemis de l’Eglise entrer dedans à main forte. Ce redoutable roi de Suède, qui, en moins de quatre mois, a envahi une bonne partie de ce grand royaume, nous devons craindre que Dieu ne l’ait suscité pour nous punir de nos désordres. Ce sont les mêmes ennemis dont Dieu s’est servi autrefois pour le même effet; car c’est des Goths, Visigoths et Vandales, sortis de ces quartiers-là, que Dieu s’est servi, il y a douze cents ans, pour affliger son Eglise. Ces commencements, les plus étranges qui aient jamais été, nous doivent faire tenir sur nos gardes. Un royaume d’une si grande etendue, presque envahi en moins de rien, en l’espace de quatre
mois ! O Seigneur ! qui sait si ce redoutable conquérant en demeurera là? qui le sait? Enfin, ab Aquilone pandetur omne malum 2 ; c’est de là que sont venus les maux que nos ancêtres ont soufferts, et c’est de ce côtélà que nous devons craindre.
Songeons donc à T amendement de l’état ecclésiastique, puisque les méchants prêtres sont la cause de tous ces malheurs, et que ce sont eux qui les attirent sur l’Eglise. Ces bons prélats l’ont reconnu par leur propre expérience, et l’ont avoué devant Dieu; et nous lui devons dire : « Oui, Seigneur, c’est nous qui avons provoqué votre colère; ce sont nos péchés qui ont attiré ces calamités; oui, ce sont les clercs et ceux qui aspirent à l’état ecclésiastique, ce sont les sous-diacres, ce sont les diacres, ce sont les prêtres, nous qui sommes prêtres, qui avons fait cette désolation dans l’Eglise. Mais quoi ! Seigneur, que pouvons-nous faire maintenant, si ce n’est nous en affliger devant vous et nous proposer de changer de vie! Oui, mon Sauveur, nous voulons contribuer tout ce que nous pourrons pour satisfaire à nos fautes passées, et pour mettre en meilleur ordre l’état ecclésiastique; c’est pour cela que nous sommes ici assemblés et que nous vous demandons votre grâce. »
Ah! Messieurs, que ne devons-nous pas faire? C’est à nous à qui Dieu a confié une si grande grâce que celle de contribuer à rétablir l’état ecclésiastique. Dieu ne s’est pas adressé pour cela, ni aux docteurs, ni à tant de communautés et religions pleines de science et de sainteté, mais il s’est adressé à cette chétive, pauvre et misérable Compagnie, la dernière de toutes et la plus indigne. Qu’est-ce que Dieu a trouvé en nous pour un si grand emploi? Où sont nos beaux, exploits? Où sont