‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 2)Chapitre 207 sur 280 · Livre de Jérémie I · texte numérisé non relu

Livre de Jérémie I

les actions illustres et éclatantes que nous avons faites? Où cette grande capacité? Rien de tout cela; c’est à de pauvres misérables idiots que Dieu, par sa pure volonté, s’est adressé pour essayer encore à réparer les brèches du royaume de son Fils et de l’état ecclésiastique. O Messieurs, conservons bien cette grâce que Dieu nous a faite, par préférence à tant de personnes doctes et saintes qui la méritaient mieux que nous; car, si nous venons à la laisser inutile par notre négligence, Dieu la retirera de nous pour la donner à d’autres et nous punir de notre infidélité.

Hélas ! qui sera-ce de nous qui sera la cause d’un si grand malheur, et qui privera l’Eglise d’un si grand bien? Ne sera-ce point moi misérable? Qu’un chacun de nous mette la main sur sa conscience et dise en luimême : « Ne serai-je point ce malheureux? » Hélas î il n’en faut qu’un misérable, tel que je suis, qui, par ses abominations, détourne les faveurs du ciel de toute une maison et y fasse tomber la malédiction de Dieu. O Seigneur, qui me voyez tout couvert et tout rempli de péchés, qui m’accablent, ne privez pas pour cela de vos grâces cette petite Compagnie; faites qu’elle continue à vous servir avec humilité et fidélité, et qu’elle coopère au dessein qu’il semble que vous avez, de faire, par son ministère, un dernier effort pour contribuer à rétablir l’honneur de votre Eglise.

Mais les moyens de cela, quels sont-ils? Que devonsnous faire pour le bon succès de cette prochaine ordination? Il faut prier beaucoup, vu notre insuffisance; offrir pour cela durant ce temps ses communions, ses mortifications et toutes ses oraisons et ses prières, rapportant tout à l’édification de ces messieurs les ordinands, à qui il faut rendre de plus toutes sortes de respects et de déférences, ne faire point les entendus, mais les servir cordialement et humblement. Ce doivent

être là les armes des missionnaires; c’est par ce moyen que tout réussira; c’est par l’humilité, qui nous fait désirer la confusion de nous-mêmes. Car, croyez-moi, Messieurs et mes frères, croyez-moi, c’est une maxime infaillible de Jésus-Christ, que je vous ai souvent annoncée de sa part, que, d’abord qu’un cœur est vide de soimême, Dieu le remplit; c’est Dieu qui demeure et qui agit là dedans; et c’est le désir de la confusion qui nous vide de nous-mêmes, c’est l’humilité, la sainte humilité; et alors ce ne sera pas nous qui agirons, mais Dieu en nous, et tout ira bien.

O vous qui travaillez immédiatement à cette œuvre, vous qui devez posséder l’esprit de prêtrise et l’inspirer à ceux qui ne l’ont pas, vous à qui Dieu a confié ces âmes pour les disposer à recevoir cet esprit saint et sanctifiant, ne visez qu’à la gloire de Dieu, ayez la simplicité de cœur vers lui, et le respect vers ces messieurs. Sachez que c’est par là que vous profiterez; tout le reste vous servira de peu. Il n’y a que l’humilité et la pure intention de plaire à Dieu qui aient fait réussir cette œuvre jusqu’à maintenant.

Je recommande aussi les cérémonies, et je prie la Compagnie d’éviter les fautes qu’on y peut faire. Les cérémonies ne sont à la vérité que l’ombre, mais c’est l’ombre des plus grandes choses, qui requièrent qu’on les fasse avec toute l’attention possible, et qu’on les montre avec un silence religieux et une grande modestie et gravité. Comment les feront ces messieurs, si nous ne les faisons pas bien nous-mêmes? Qu’on chante posément, avec modération; qu’on psalmodie avec un air de dévotion. Hélas! que répondrons-nous à Dieu quand il nous fera rendre compte de ces choses, si elles sont mal faites?

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