‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 2)Chapitre 208 sur 280 · CONFÉRENCE DU i5 OCTOBRE i · texte numérisé non relu

CONFÉRENCE DU i5 OCTOBRE i

SUR LA CONFORMITÉ A LA VOLONTÉ DE DIEU

Il y avait trois points : au premier, les raisons que nous avons de nous donner à Dieu, pour, toujours et en toutes choses, faire sa sainte volonté; au deuxième, en quoi consistait cela, et les actes; et au troisième point, les moyens de nous mettre en cette pratique de faire toujours et en toutes choses la volonté de Dieu.

M. Vincent ayant annoncé ainsi le sujet à la Compagnie, dit :

Je commencerai à parler le premier, et puis ensuite quelques autres de. la Compagnie. Les raisons, Messieurs, que nous avons de nous donner à Dieu pour nous mettre en cette sainte pratique de faire la volonté de Dieu toujours et en toutes choses. La première se tire du Pater noster , que nous répétons tous les jours et que Notre-Seigneur nous a enseigné : Fiai voluntas tua sicut in caelo et in terra; votre volonté soit faite en la terre comme elle se fait au ciel. Notre-Seigneur désirant de nous que, comme les anges et les bienheureux, qui sont là-haut au ciel, font incessamment sa sainte et adorable volonté, de même nous autres ici-bas sur la terre, il désire que nous la fassions semblablement et que nous la fassions avec le plus de perfection qu’il nous sera possible, etc.

La deuxième raison, c’est, Messieurs, que Notre-Seigneur nous en a donné l’exemple, lequel n’est venu icibas en terre pour autre chose, sinon pour faire la volonté de Dieu son Père, en accomplissant 1 œuvre de notre rédemption; et en cela consistaient ses délices, de faire la volonté de Dieu son Père, etc.

Entretien 442, — Manuscrit des répétitions d oraison, f° 33.

En quoi consiste faire la volonté de Dieu? Je voust dirai que nous devons considérer la volonté de Dieu... ou à l’égard des choses commandées ou défendues, ou de celles qui ne sont ni commandées ni défendues et qui sont indifférentes ou conseillées, ou de celles qui sont nécessaires.

A l’égard de la volonté de Dieu commandée, c’est celle qui nous est signifiée par sa loi, par ses commandements et par ceux de son Eglise, ou qui nous est défendue par ces mêmes commandements; car il y a des préceptes qui commandent de faire une chose, et il y en a d’autres qui nous défendent d’en faire une autre; et en l’un et en l’autre on fait la volonté de Dieu lorsquel’on fait ce qu’il ordonne, ou que l’on ne fait pas ce qu’il défend. De plus, Dieu veut, et c’est son bon plaisir, que l’on obéisse aux prélats de l’Eglise, aux rois, aux magistrats, soit qu’ils nous ordonnent ou défendent quelque chose, aux ordonnances du royaume où l’on est, à père, mère et parents et à ses supérieurs; et faisant cela, l’on fait la volonté de Dieu.

Quant aux actions indifférentes qui ne sont ni commandées ni défendues, ou elles sont agréables ou désagréables, ou bien elles n’ont rien d’agréable ni de désagréable. Si agréables, comme manger, boire, et qui sont choses nécessaires, le bon plaisir de Dieu est que nous les fassions pour l’amour de lui et pource qu’il le veut ainsi, en se détachant du plaisir que la nature y ressent. Si elles ne sont nécessaires, le bon plaisir de Dieu est que nous nous en privions et mortifiions; si elles sont désagréables et mortifiantes à la nature, que nous les embrassions. « Qui veut venir après moi, dit Notre-Seigneur 1, qu’il renonce à soi-même, porte sa*

i. Evangile de saint Matthieu XVI, 24.

croix et me suive. » Si elles n’ont rien d’agréable ou de désagréable, comme est de se tenir debout, marcher par ce chemin ou par cet autre, la volonté de Dieu est que nous le fassions pour l’amour de lui. Saint Paul dit : Sive manducatis , sive bibitis , sive aliud qaïd facitis, omnia in gloriam Dei facile2’, soit que vous mangiez, soit que vous buviez, soit que vous fassiez quelqu’ autre chose, faites-le tout à la plus grande gloire de Dieu. De sorte, Messieurs, que, si nous voulons, nous pouvons faire la volonté de Dieu toujours. Oh ! quel bonheur, quel bonheur, Messieurs, de faire toujours et en toutes choses la volonté de Dieu ! N’est-ce pas faire ce que le Fils de Dieu est venu faire sur la terre, comme nous avons déjà dit? Le Fils de Dieu est venu pour évangéliser les pauvres; et nous autres, Messieurs, ne sommes-nous pas envoyés pour le même sujet? Oui, les missionnaires sont envoyés pour évangéliser les pauvres. Oh ! quel bonheur de faire sur la terre la même chose que Notre-Seigneur y a faite, qui est d’enseigner le chemin du ciel aux pauvres !

Les moyens de cela, c’est d’avoir bien soin de dresser son intention au commencement de chaque action que nous faisons, disant à Dieu : « Mon Dieu, c’est pour l’amour de vous que je m’en vas faire cela; c’est pour l’amour de vous que je m’en vas quitter telle chose pour faire cette autre. » Car, voyez-vous, Messieurs et mes frères, la bonne intention que nous formons au commencement de nos actions est comme la forme. Verbi gratia, tout de même que, pour le baptême, ce n’est pas assez d’ondoyer l’enfant, qui est seulement la matière, pour faire qu’il soit baptisé, mais il faut deplus les paroles et l’intention, qui sont la forme, autrement l’enfant ne serait point baptisé; de même, la bonne

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