RÉPÉTITION D'ORAISON DU 17 OCTOBRE i
Il ne faut pas sacrifier les exercices de piété au travail. — La perfection consiste dans la conformité à la volonté de Dieu. — La pratique de cette conformité vaut mieux que la pratique de la présence de Dieu.
M. Vincent, parlant à la répétition d’oraison d’un frère coadjuteur, lequel, se jetant à genoux, demanda pardon à Dieu et à la Compagnie des sujets de scandale qu’il disait avoir donnés à la même Compagnie, à cause qu’il avait manqué d’assister aux exercices de la communauté, comme à l’oraison du matin, aux examens, etc., sous prétexte d’être pressé de travailler, il lui dit :
Mon frère, ne manquez plus dorénavant d'assister aux exercices de la communauté, et assurez-vous, mon frère, que vous n’y perdrez rien, et que Dieu suppléera au temps que vous avez employé pour le servir et que vous aurez été ici. Ne vous souvient-il pas d’avoir entendu ce qui se lit de saint Isidore, qui était un laboureur? C’était un serviteur, qui labourait la terre, lequel, quand il était au champ, le matin, pour labourer la terre de son maître, quittait sa charrue et s’en allait entendre la sainte messe, lorsqu’il l’entendait sonner.
Entretien 143.
Manuscrit des répétions d’oraison, f° 34.
Et ce que Notre-Seigneur fit en faveur de son serviteur, ce fut que, son maître ayant crie apres lui de ce qu il abandonnait ainsi ses chevaux et sa charrue au champ et s’en allait entendre la messe, alors le bon saint Isidore lui dit : « Il est vrai, mon maître, mais je vous prie de prendre garde qu’au bout de l’an j’ai fait autant de besogne que les autres charretiers mes voisins; j’ai autant de terre a labourer qu’eux, je donne autant de façons a vos terres qu’ils font aux leuirs; vous n’avez pas plus de chevaux qu’eux et, nonobstant cela, je fais autant d’ouvrage qu’eux. » Et ce maître étant en peine comme, en effet, il pouvait faire si promptement tout cet ouvrage, Dieu lui fit connaître comme quoi il prenait soin de faire faire l’ouvrage de son serviteur pendant qu’il oyait la messe, et combien ce bon œuvre d’entendre la sainte messe tous les jours lui était agréable.
La perfection ne consiste pas dans des extases, mais à bien faire la volonté de Dieu. La perfection, qu’est-ce que c’est? Il me semble que cela veut dire une chose à qui rien ne manque; or, quel est l’homme qui a la perfection au point que rien ne lui manque, puisque nul homme n’est parfait et que le plus juste pèche sept fois le jour? Nous pouvons nous figurer deux sortes de perfections : l'une plus parfaite et au dernier degré de perfection, et l’autre moins parfaite Par exemple, nous disons, quand nous voyons un homme bien assorti de tous ses membres, qui a un beau visage, bien assorti de toutes ses parties : voilà un corps et un visage qui sont beaux, voilà un homme à qui rien ne manque, voilà un corps qui est parfait. D’un autre côté, nous en voyons d’autres à qui il manque beaucoup de tout cela, qui plus, qui moins, et qui n’approchent point, à beaucoup près, de la perfection du premier. Or, j’en dis de même de la perfection des hommes ici-bas sur la terre. Le h ils
de Dieu fait homme avait la perfection première dont je viens de parler; rien ne lui manquait; il était très parfait en toutes choses. Par la seconde nous sont représentés les hommes, lesquels sont imparfaits en beaucoup de choses, n’y ayant jamais eu que le Fils de Dieu et la très sainte Vierge, sa mère, qui soient arrivés à ce premier degré de perfection dont je viens de parler.
On dit du religieux qu’il est en état de perfection, non qu’il soit parfait; car il faut faire différence entre l’état de perfection et être parfait; et, comme je viens de dire, bien que le religieux ait fait ce que dit Notre- Seigneur, c’est-à-dire ait vendu tous ses biens et les ait donnés aux pauvres, si vous voulez, il n’est pas parfait pour cela, bien qu’il soit en l’état de perfection.
Or, qui de tous les hommes sera le plus parfait? Ce sera celui dont la volonté sera plus conforme à celle de Dieu, de sorte que la perfection consiste à unir tellement notre volonté à celle de Dieu, que la sienne et la nôtre ne soient, à proprement parler, qu’un même vouloir et non-vouloir ; et qui plus excellera en ce point, plus il sera parfait. Car, je vous prie, de grâce, Messieurs, que dit Notre-Seigneur à cet homme de l’Evangile auquel il voulait enseigner le moyen d’arriver à la perfection? « Si vous voulez venir après moi, lui dit-il, renoncez à vous-même, portez votre croix et me suivez h »
Or, je vous demande, Messieurs, qui renonce plus à soi-même que celui qui ne fait jamais sa volonté, mais toujours celle de Dieu? Et qui est-ce qui se mortifie davantage? Et si, d’autre part, il est dit dans la Sainte Ecriture que celui qui adhère à Dieu est fait un même esprit avec lui 1 2, je vous le demande, qui est celui qui