RÉPÉTITION D ORAISON DU 27 FÉVRIER i
SUR L’HUMILÏTÉ
M. Vincent recommanda fort à la Compagnie de demander à Dieu les vertus propres à la même Compagnie, mais surtout l’humilité; car, dit-il, qui a l’humilité, que ne fait-il point? Etre bien aise d’être méprisé en particulier, et même la Compagnie en général. Car, dites-moi, ne voyez-vous pas, par exemple, que celui qui agrée d’être méprisé en son particulier, et ne peut souffrir que la Compagnie en gros le soit en aucune façon, ains qu’elle soit hautement louée et estimée, ne voyez-vous pas, dis-je, que cette personne-là se retrouve dans la même Compagnie et qu’elle reprend ce qu’elle avait donné ? De sorte, mes frères, que vous voyez donc qu'il faut non seulement que le missionnaire agrée les humiliations qui lui arrivent en particulier, mais aussi celles que Dieu permet qu’il arrive à la Compagnie en général, de laquelle il est membre.
Hélas ! y a-t-il personnes plus propres, ni qui soient plus conformes au dessein de Dieu que les personnes qui se sont vidées d’elles-mêmes et qui n’ont autre but que d’employer leurs vies pour la gloire de sa divine Majesté et le salut du prochain 1 !
Hier il vint encore une personne céans me parler et me dire que M. le maréchal de La Meilleraye s’accommodait avec ces messieurs de l’Assemblée des Indes qui
Entretien 146. — Manuscrit des répétitions d’oraison, f° 36.
1. En marge : Il dit ceci au sujet des missions éloignées et des ordinands aussi, ce me semble.
sont en cette ville, et qu’ils faisaient état d’y envoyer tous les ans quelque vaisseau; qu’ils avaient dessein d’aller s’établir en plusieurs et divers endroits de file de Madagascar; que mondit sieur le maréchal de La Meilleraye leur avait fait savoir qu’ils eussent à s’assurer de moi pour y envoyer des prêtres et des frères. Par conséquent, ajouta-t-il... 2. Voilà encore l’Ecosse, les Hébrides, où il faut du monde. On nous en a demandé encore de quelque autre endroit des Indes, mais nous ne pouvons pas tant en embrasser à la fois, n’ayant pas de monde assez pour tout cela; nous tâcherons seulement pour le présent d’en fournir pour Madagascar, en attendant qu’il ait plu à Dieu nous envoyer des ouvriers.
Voilà, Messieurs et mes frères, un beau champ, comme vous voyez; c’est pourquoi prions Notre-Seigneur qu’il ait agréable d’envoyer de bons sujets à la Compagnie.