‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 2)Chapitre 219 sur 280 · Sous-assistant de la maison de Saint-Lazare · texte numérisé non relu

Sous-assistant de la maison de Saint-Lazare

M. Vincent, à l'oreille, de dire quelque chose sur le sujet de la nourriture des pensionnaires de céans (comme il est croyable), mondit sieur Vincent parla en ces termes :

A propos des pensionnaires, mes frères, j’ai appris qu’on leur donne quelquefois des portions bien désagréables et bien mal accommodées, même de la viande ou du vin qui est resté du soir du jour précédent. Or, mes frères, cela est mal; ce sont des gens dont les parents payent bonne pension; n’est-il pas juste qu’on leur donne quelque chose qui soit accommodé comme il faut et qui soit bon ? Au nom de Dieu, mes frères, que cela ne se fasse plus, mais baillez-leur comme à nous, comme aux prêtres. Car, voyez-vous, mes frères, c’est une injustice que vous faites à ces pauvres gens-là, dont une partie sont de pauvres innocents, qui sont enfermés et qui ne vous voient point pour vous faire plainte de l’injustice que vous leur rendez. Oui, j’appelle cela une injustice. Si vous faisiez cela à une personne de la Compagnie, à moi ou à un autre, hélas ! nous pourrions vous demander que vous eussiez à nous faire justice et nous traiter comme les autres; mais ces pauvres gens, qui ne sont point en état de vous la pouvoir demander, et, qui plus est, ne vous voient point pour le pouvoir faire, ne leur pas rendre de vous-mêmes, oh! certes, cela est une grande faute! Je vois souvent les parents, qui me demandent comment ils sont traités. Je leur dis qu’ils sont traités comme nous. Et cependant voilà qu’il se trouve que cela n’est pas, ams que vous faites le contraire! Voyez-vous, mes frères, cela est matière de confession, et je prie les confesseurs d’avoir égard à vcela, et les officiers de tenir la main à ce qu’on donne à ces bonnes gens tout de même qu’aux prêtres.

Je dis plus, c’est encore une injustice que l’on commet à l’égard de ceux qui paient plus grosse pension.

de ne pas leur donner quelque chose de plus qu’à ceux qui en paient moins. Je vous prie donc, mes frères, de faire attention à tout cela. Voyez-vous, j'aime mieux que vous me l’ôtiez à moi-même pour le leur donner, que de manquer à ce que je viens de vous recommander. Et pource que, au sujet des parents dont je viens ci-devant de parler, j’ai donné sujet moi-même de scandale à la 'Compagnie en souffrant qu’un mien pauvre parent soit venu céans prendre son repas pendant un espace de temps, j’ai pensé que j’en devais demander pardon à la Compagnie.

Et en disant cela, M. Vincent s’est mis à genoux aux pieds de la même Compagnie pour cet effet et lui a demandé pardon.

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