SUR L'ESPRIT DE COMPASSION ET DE MISÉRICORDE
Quand nous allons voir les pauvres, nous devons en-
Entretien 152. — Abelly, o'p. cit., 1. III, chap. xi, sect. n, p. 121.
i. Le Recueil de diverses exhortations, qui donne la première partie de cette instruction, la date du 6 août; la comparaiso 1 de cet entretien avec l’entretien 157 permet de fixer l’année.
trer dans leurs sentiments pour souffrir avec eux, et nous mettre dans les dispositions de ce grand apôtre, qui disait : Omnibus otnnia factus sum 2, je me suis fait tout à tous; en sorte que ce ne soit point sur nous que tombe la plainte qu’a faite autrefois Notre-Seigneur par un prophète : Sustinui qui simul mecum constristaretur , et non fuit3, j’ai attendu pour voir si quelqu’un ne compatirait point à mes souffrances, et il ne s’en est trouvé aucun. Et pour cela, il faut tâcher d’attendrir nos cœurs et de les rendre susceptibles des souffrances et des misères du prochain, et prier Dieu qu’il nous donne le véritable esprit de miséricorde, qui est le propre esprit de Dieu : car, comme dit l’Eglise, c’est le propre de Dieu de faire miséricorde et d’en donner l’esprit. Demandons donc à Dieu, mes frères, qu’il nous donne cet esprit de compassion et de miséricorde, qu’il nous en remplisse, qu’il nous le conserve, en sorte que qui verra un missionnaire puisse dire : « Voilà un homme plein de miséricorde. » Pensons un peu combien nous avons besoin de miséricorde, nous qui devons l’exercer envers les autres et porter la miséricorde en toutes sortes de lieux et souffrir tout pour la miséricorde.
Heureux nos confrères qui sont en Pologne, qui ont tant souffert pendant ces dernières guerres et pendant la peste, et qui souffrent encore pour exercer la miséricorde corporelle et spirituelle, et pour soulager, assister et consoler les pauvres ! Heureux missionnaires, que ni les canons, ni le feu, ni les armes, ni la peste n’ont pu faire sortir de Varsovie, où la misère d’autrui les retenait; qui ont persévéré, et qui persévèrent encore courageusement, au milieu de tant de périls et de tant