‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 2)Chapitre 228 sur 280 · Evangile de saint Matthieu V · texte numérisé non relu

Evangile de saint Matthieu V

Vous voyez, Monsieur, comme des choses de Dieu, dont nous parlions à présent, il me faut passer aux affaires temporelles; de là vous devez connaître qu’il appartient au supérieur de pourvoir non seulement aux choses spirituelles, mais qu’il doit aussi étendre ses soins aux choses temporelles; car, comme ceux qu’il a à conduire sont composés de corps et d’âme, il faut aussi qu’il pourvoie aux besoins de l’un et de l’autre, et cela à l’exemple de Dieu, qui, étant occupé de toute éternité à engendrer son Fils, et le Père et le Fils à produire le Saint-Esprit, outre, dis-je, ces divines opérations ad intray il a créé le monde ad extra , et s’occupe continuellement à le conserver avec toutes ses dépendances, et produit, toutes les années, de nouveaux grains sur la terre, de nouveaux fruits sur les arbres, etc. Et le même soin de son adorable Providence s’étend jusque-là, qu’une feuille d’arbre ne tombe point sans son ordre; il compte tous les cheveux de notre tête, et nourrit jusqu’au plus petit vermisseau, et jusqu’à un ciron. Cette considération me semble bien puissante pour vous faire comprendre que l’on ne doit pas seulement s’appliquer à ce qui est relevé, comme sont les fonctions qui regardent les choses spirituelles, mais qu’il faut encore qu’un supérieur, qui représente en quelque façon l’étendue de la puissance de Dieu, s’applique à avoir le soin des moindres choses temporelles, n’estimant point que ce soin soit une chose indigne de lui. Donnez-vous donc à Dieu pour procurer le bien temporel de la maison où vous allez.

Le Pus de Dieu, dans le commencement qu’il envoya ses apôtres, leur recommanda de ne point porter d’argent ; mais ensuite, comme le nombre de ses disciples s’accrut, il voulut qu’il y en eût un de la troupe qui lo- ■ culos haberet , et qui eût soin non seulement de nourrir

les pauvres, mais même qui pourvût aux nécessités de sa famille. Bien plus, il souffrit que des femmes allassent à sa suite pour la même fin, quae ministrabant ei 4; et s’il ordonne dans l’Evangile de ne se point mettre en peine du lendemain, cela se doit entendre de ne point avoir trop d’empressement ni de sollicitude pour les biens de la terre, et non pas absolument de négliger les moyens de la vie et du vêtement; autrement, il ne faudrait point semer.

Je finis là-dessus ; en voilà assez pour aujourd’hui. Je répète derechef que ce que vous allez faire est une œuvre bien grande, grande oftus. Je prie Notre-Seigneur qu’il donne sa bénédiction à votre conduite, et priez-le, de votre part, avec moi qu’il me pardonne toutes les fautes que j’ai commises moi-même dans l’emploi où je suis.

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