‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 2)Chapitre 230 sur 280 · Evangile de saint Luc VIII · texte numérisé non relu

Evangile de saint Luc VIII

Entretien 154. — Abelly, of. cil., 1. II, chap. 1, sect. x, p. 196

*et suiv. . .

1. Le bruit était fondé. L’armée de Charles-Gustave avait pr;s

Varsovie le Ier août après trois jours de combat.

Une personne de qualité de la cour de Pologne m’avait écrit que la reine s'en allait trouver le roi et qu'elle n’était qu’à deux journées de l’armée. Sa lettre est du 28 juillet, et le bruit court que la bataille s’est donnée le 30. Si cela était, la personne de la reine ne serait pas en assurance.

O Messieurs, ô mes frères, que nous devons bien nous confondre de ce que nos péchés ont détourné Dieu de nous accorder l'effet de nos prières! Affligeonsnous pour ce grand et vaste royaume, qui est si fortement attaqué, et qui s’en va perdu, si la nouvelle est véritable. Mais affligeons-nous pour l’Eglise, qui va être perdue en ce pays-là, si le roi vient à succomber; car la religion ne s’y peut maintenir que par la conservation du roi, et l’Eglise va tomber entre les mains de ses ennemis en ce royaume. Le Moscovite en tient déjà plus de cent ou six-vingts lieues d'étendue, et voilà le reste en danger d’être envahi par les Suédois.

Oh! que cela me donne grand sujet de craindre l’événement de ce que voulait signifier le Pape Clément VIII, qui était un saint homme, estimé non seulement des catholiques, mais même des hérétiques, un homme de Dieu et de paix, à qui ses propres ennemis donnaient des louanges; et pour moi, j’ai ouï des luthériens qui louaient et estimaient sa vertu. Ce saint Pape donc ayant reçu deux ambassadeurs de la part de quelques princes d’Orient, où la foi commençait à se répandre, et voulant en rendre grâces à Dieu en leur présence, il offrit à leur intention le saint sacrifice de la messe. Comme il fut à l’autel et dans son Memento , voilà qu’ils le virent pleurer, gémir et sangloter; ce qui les étonna grandement. De sorte qu après que la messe fut achevée, ils prirent la liberté de lui demander quel sujet l’avait excité aux larmes et aux gémissements dans

une action qui ne lui devait causer que de la consolation et de la joie. Et il leur dit tout simplement qu’il était vrai qu’il avait commencé la messe avec grande satisfaction et contentement, voyant le progrès de la religion catholique; mais que ce contentement s’était tout à coup changé en tristesse et amertume, dans la vue des déchets et des pertes qui arrivaient tous les jours à l’Eglise de la part des hérétiques; en sorte qu’il y avait sujet de craindre que Dieu ne la voulût transporter ailleurs.

Nous devons, Messieurs et mes frères, entrer dans ces sentiments et appréhender que le royaume de Dieu ne nous soit ôté. C’est un malheur déplorable que celui que nous voyons devant nos yeux : six royaumes ôtés de l’Eglise, à savoir la Suède, le Danemark, la Norvège, l’Angleterre, l’Ecosse et l’Irlande; et, outre cela, la Hollande et une grande partie des Allemagnes et plusieurs de ces grandes villes hanséatiques. O Sauveur ! quelle perte ! Et après cela nous sommes encore à la veille de voir le grand royaume de Pologne perdu, si Dieu, par sa miséricorde, ne l’en préserve.

Il est bien vrai que le Fils de Dieu a promis qu’il serait dans son Eglise jusqu’à la fin des siècles; mais il n’a pas promis que cette Eglise serait en France, ou en Espagne, etc. Il a bien dit qu’il n’abandonnerait point son Eglise et quelle demeurerait jusqu’à la consommation du monde, en quelque endroit que ce soit, mais non pas déterminément ici ou ailleurs. Et s’il y avait un pays à qui il dût la laisser, il semble qu’il n’y en avait point qui dût être préféré à la Terre Sainte, où il est né et où il a commencé son Eglise et opéré tant et tant de merveilles. Cependant c’est a cette terre, pour laquelle il a tant fait et où il s’est complu, qu il a oté premièrement son Eglise, pour la donner aux Gentils.

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