‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 2)Chapitre 231 sur 280 · XI · texte numérisé non relu

XI

Autrefois, aux enfants de cette même terre, il ôta encore son arche, permettant qu’elle fût prise par leurs ennemis les Philistins, aimant mieux être fait, pour ainsi dire, prisonnier avec son arche, oui, lui-même prisonnier de ses ennemis, que de demeurer parmi des amis qui ne cessaient de l’offenser. Voilà comment Dieu s’est comporté et se comporte tous les jours envers ceux qui, lui étant 'redevables de tant de grâces, le provoquent par toutes sortes d’offenses, comme nous faisons, misérables que nous sommes. Et malheur, malheur à ce peuple à qui Dieu dit : « Je ne veux plus de vous, ni de vos sacrifices et offrandes; vos dévotions, ni vos jeûnes ne me sauraient plaire, je n’en ai que faire. Vous avez tout souillé par vos péchés; je vous abandonne; allez, vous n'aurez plus de part avec moi ! » Ah ! Messieurs, quel malheur!

Mais, ô Sauveur! quelle grâce d’être du nombre de ceux dont Dieu se sert pour transférer ses bénédictions et son Eglise! Voyons-le par la comparaison d’un seigneur infortuné qui se voit contraint par la nécessité, par la guerre, par la peste, par l’embrasement de ses maisons, ou par la disgrâce d’un prince, de s’en aller et s’enfuir, et qui, dans ce débris de toutes ses fortunes, voit des personnes qui le viennent assister, qui s’offrent à le servir et à transporter tout ce qu’il a. Quel contentement et quelle consolation à ce gentilhomme dans sa disgrâce! Ah! Messieurs et mes frères, quelle joie aura Dieu, si, dans le débris de son Eglise, dans ces bouleversements qu’ont faits les hérésies, dans les embrasements que la concupiscence met de tous côtés, si, dans cette ruine, il se trouve quelques personnes qui s’offrent à lui pour transporter ailleurs, s’il faut ainsi parler, les restes de son Eglise, et d’autres pour défendre et pour garder ici ce peu qui reste ! O Sauveur,..

quelle joie recevez-vous de voir de tels serviteurs et une telle ferveur pour tenir bon et pour défendre ce qui vous reste icq pendant que les autres vont pour vous acquérir de nouvelles terres! O Messieurs, quel sujet de joie! Vous voyez que les conquérants laissent une partie de leurs troupes pour garder ce qu’ils possèdent, et envoient l’autre pour acquérir de nouvelles places et étendre leur empire. C’est ainsi que nous devons faire : maintenir ici courageusement les possessions de l’Eglise et les intérêts de Jésus-Christ, et avec cela travailler sans cesse à lui faire de nouvelles conquêtes et à le faire reconnaître par les peuples les plus éloignés.

Un auteur d’hérésie 2 me disait un jour : « Dieu est enfin lassé des péchés de toutes ces contrées, il est en colère, et il veut résolument nous ôter la foi, de laquelle on s’est rendu indigne; et ne serait-ce pas, ajoutait-il, une témérité de s’opposer aux desseins de Dieu, et de vouloir défendre l’Eglise, laquelle il a résolu de perdre? Pour moi, disait-il encore, je veux travailler à ce dessein de détruire. » Hélas! Messieurs, peutêtre disait-il vrai, avançant que Dieu voulait pour nos péchés nous ôter l’Eglise. Mais cet auteur d’hérésie mentait en ce qu’il disait que c’était une témérité de s’opposer à Dieu en cela et de s’employer pour conserver son Eglise et la défendre; car Dieu le demande, et il le faut faire : il n’y a point de témérité de jeûner, de s’affliger, de prier pour apaiser sa colère, et de combattre jusqu’à la fin pour soutenir et défendre l’Eglise en tous les lieux où elle se trouve. Oue si jusqu’à présent nos efforts semblent avoir été inutiles à cause de nos péchés, au moins par l’effet qui en paraît, il ne faut pas désister pour cela; mais, en nous humi-

Page 1