‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 2)Chapitre 236 sur 280 · Alain de Solminihac · texte numérisé non relu

Alain de Solminihac

-4. François Fouquet.

un curé de cette ville, qui en a dans sa paroisse, si elles faisaient bien. « Hélas! Monsieur, me dit-il, si bien, par la grâce de Dieu, que... 5. » Enfin, Messieurs, je ne vous oserais dire le bien qu’il m’en dit.

A Nantes, où il y en a, cela va de même depuis qu’ils ont reconnu la simplicité de ces bonnes filles. Bref, elles exercent la miséricorde, qui est cette belle vertu de laquelle il est dit : « Le propre de Dieu est la miséricorde. » Nous autres, nous l’exerçons aussi et nous la devons exercer pendant toute notre vie : miséricorde corporelle, miséricorde spirituelle, miséricorde aux champs, dans les missions, en courant aux besoins de notre prochain; miséricorde, quand nous sommes dans la maison, à l’égard des exercitants, à l’égard des pauvres, en leur enseignant les choses nécessaires à salut; et tant d’autres occasions que Dieu nous présente; enfin nous devons employer toute notre vie à faire en tout et partout la volonté de Dieu, laquelle nous est marquée par l’observance de nos règles. Nous la ferons toujours, voyezvous, mes frères, toutes les fois que nous ne ferons point la nôtre; et quand nous ferons la nôtre, nous ne ferons point celle de Dieu.

Hélas! qu’est-ce que notre vie, laquelle passe si vite? Pour moi, me voilà à la 76° année de ma vie; et cependant tout ce temps-là à présent ne me semble quasi que comme un songe; toutes ces années sont passées. Ah! Messieurs, que bienheureux sont ceux qui emploient tous les moments de leur vie au service de Dieu et qui s’offrent à lui de la bonne manière ! Quelle consolation pensez-vous qu’ils en recevront à la fin de leur vie? Voilà ces Messieurs Des dames et Duperroy, par exemple, qui sont à Varsovie; qu’ont-ils fait? C’est que les ca-

5. En marge : M. Vincent ne voulut pas passer outre à dire le bien que faisaient ces bonnes filles; c’est pourquoi il en demeura à ce mot que.

nons, ni le feu, ni le pillage, ni la peste, ni toutes les autres incommodités et hasards où ils étaient, ne leur ont fait quitter, ni abandonner leur poste, ni le lieu où la divine Providence les avait mis, aimant mieux exposer ainsi leur vie que manquer à l'exercice de cette belle vertu de miséricorde.

On m’écrit de Rome qu’un écolier du collège de Propaganda Fide étant sorti, s’est trouvé frappé de la peste et que ceux qui ont charge de la santé dans cette ville ont fait fermer le collège; et pource que c’est la Compagnie qui fournit des confesseurs à ce collège, on a envoyé demander au supérieur 6 s’il voulait fournir quelque prêtre qui voulût s’y enfermer. Le supérieur de la Mission a proposé la chose à la Compagnie; et le confesseur même, qui est le bon M. de Martinis, s’est offert à s’y enfermer, et, en effet, il y est. Or, Messieurs, qu’est-ce que cela, sinon exposer sa vie pour le service de son prochain, qui est le plus grand acte d’amour qu’on puisse offrir à Dieu, comme il le dit luimême par ces paroles : « Il n’y a point de plus grand amour que celui de donner sa vie pour son ami \ » Plaise à Dieu, Messieurs et mes frères, nous donner à tous cette disposition !

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