RÉPÉTITION D'ORAISON DU 12 NOVEMBRE i
Nouvelles des missionnaires de Barbarie. — Les missionnaires doivent se tenir prêts à tout souffrir pour' la gloire de Dieu.
M. Vincent dit, à la répétition de l’oraison, entre autres choses, que M. Le Vacher l’aîné, prêtre de la Compagnie, qui est à Tunis avec M. le consul, était en paix et tranquillité à présent, tant à l’égard des Turcs que du consul anglais et des marchands français; qu’il priait la Compagnie d’en remercier Dieu ; que, pour Alger, il n’en allait pas de même, pource que, depuis que notre frère Barreau est là comme consul, il a été quasi dans des persécutions presque continuelles, du
Entretien 159. — Manuscrit des répétitions d’oraison, f° 47.
moins bien fréquentes, par les avanies et mauvais traitements qui lui ont été faits par les Turcs, et les ingratitudes de quelques chrétiens, pour lesquels il s’est engagé, en sorte qu’il se trouve aujourd’hui très engagé à r occasion de tout cela. Et il me mande qu’il est encore menacé à présent d’une avanie, au sujet de quelque mauvais traitement qu’un Français a commis à l’égard de quelques juifs, en raison de quoi les Turcs disent qu’il s’en faut prendre au consul des Français, ne considérant pas que les fautes sont personnelles.
Ensuite M. Vincent s’est exclamé en disant :
Plaise à Dieu, Messieurs et mes chers frères, que tous ceux qui viennent pour être de la Compagnie, y viennent dans la pensée du martyre, dans le désir d’y souffrir le martyre et de se consacrer entièrement au service de Dieu, soit pour les pays éloignés, soit pour celui-ci, en quelque lieu que ce soit où il plaira à Dieu se servir de la pauvre petite Compagnie ! Oui, dans la pensée du martyre. Oh ! que nous devrions demander souvent cette grâce et cette disposition à Notre-Seigneur, d’être prêts à exposer nos vies pour sa gloire et le salut du prochain, tous tant que nous sommes, nos frères, les clercs, les prêtres, bref toute la Compagnie ! Hélas ! Messieurs, y a-t-il rien de plus raisonnable que de donner nos vies pour celui qui a donné si libéralement la sienne pour nous tous tant que nous sommes? Et si Notre-Seigneur nous aime jusqu’à ce point que de mourir pour nous, pourquoi ne désirerions-nous pas avoir en nous cette même disposition pour lui, pour la mettre à effet, si l’occasion s’en présentait? Nous voyons que tant de Papes les uns après les autres ont été martyrisés; on en compte jusqu’à trente-cinq de suite. Cela n’est-il pas étrange de voir des marchands qui, pour un petit gain, traversent les mers et s’exposent à je ne sais combien
de dangers! J’étais dimanche dernier avec un, qui me vint voir ici, lequel me disait qu’on lui avait proposé d’aller aux Indes et qu’il était résolu à y aller, et cela dans l’espérance d’y faire quelque gain, je lui demandai s’il y avait de grands dangers; et il me dit que oui, qu’il y en avait de grands, mais qu'il y avait une certaine personne de sa connaissance qui en était revenue, et qu’une autre à la vérité y était demeurée. Et alors je me disais à moi-même : si cette personne-ci, pour un petit gain, pour apporter quelque pierre, s’expose ainsi à tant de dangers, à combien plus forte raison nous autres le devons-nous faire pour y porter cette pierre précieuse de l’Evangile!