XI. — 2b
Gênes; ils ont maintenant à souffrir parce qu’il leur a fallu déloger de leur maison pour se mettre dans une maison de louage; et cela à l’effet de prêter leur demeure aux pestiférés. Les fatigues du déménagement ont été d’autant plus grandes qu’ils n’ont eu que sept jours pour déloger. Et cependant ils souffrent cela comme il faut, par la grâce de Dieu; et en cela bienheureux sont-ils de souffrir pour le public! Car c’est souffrir pour le public; pour Dieu premièrement, et ensuite pour le public. Voyez-vous, Messieurs et mes frères, nous devons avoir en nous cette disposition, voire ce désir, de souffrir pour Dieu et pour le prochain, de nous consumer pour cela. Oh ! que bienheureux sont ceux à qui Dieu donne ces dispositions et ces désirs! Oui, Messieurs, il faut que nous soyons tout à Dieu et au service du public; il faut nous donner à Dieu pour cela, nous consumer pour cela, donner nos vies pour cela, nous dépouiller, par manière de dire, pour le revêtir; du moins désirer d’être dans cette disposition, si nous n’y sommes déjà; être prêts et disposés à aller et venir où il plaira à Dieu, soit aux Indes ou ailleurs, enfin nous exposer volontiers pour le service du prochain, pour amplifier l’empire de Jésus-Christ dans les âmes. Et moi-même, quoique vieux et âgé comme je suis, je ne dois pas laisser d’avoir cette disposition en moi, voire même de passer aux Indes, afin d’y gagner des âmes à Dieu, encore bien que je dusse mourir par le chemin ou dans le vaisseau ; car que pensez-vous que Dieu demande de nous? Le corps? Eh! point du tout. Et quoi donc? Dieu demande notre bonne volonté, une bonne et vraie disposition d’embrasser toutes les occasions de le servir, même au péril de notre vie, d’avoir et entretenir en nous ce désir du martyre, que Dieu quelquefois a aussi agréable que si nous l’avions
souffert en effet. Et de fait nous voyons que l’Eglise a un tel sentiment de cela qu’elle tient pour martyrs
ceux qui ont ete exiles pour la foi et qui sont morts dans leur exil.
Oh! que nos confrères de Varsovie, Messieurs Desdames et Duperroy, sont savants en cette leçon de souffrir ! Les voilà parmi la guerre, la peste et la famine, et cependant ils demeurent fermes et inébranlables. Dans les lettres que j ai reçues de tous deux (car 1 un et 1 autre mont écrit), je ne vois rien qu’une fermeté et une force admirables en ces deux serviteurs de Dieu. Voyez un peu cette pauvre et chétive Compagnie et quelle grâce Dieu lui a faite, de se voir composée de telles personnes et de tels membres, si fidèles et si constants à souffrir pour son amour et le public! Sa bonté et miséricorde infinie veuille conserver ses siens ndèles serviteurs à la Compagnie !