RÉPÉTITION D’ORAISON DU io AOUT i657 i
SUR L’ORAISON
On connaît ceux qui font bien oraison, non seulement en la manière de la rapporter, mais encore plus par leurs actions et par leurs déportements, par lesquels ils font paraître le fruit qu’ils en retirent; il faut en dire de même de ceux qui la font mal, en sorte qu’il
Entretien 168. — Abelly, oj). cit ., 1. III, chap. vti, sect. i, p. 6o. i. C’est l’éditeur de la Vie de Saint Vincent de Paul, par Abelly, publiée en 1891, qui donne cette date. Nous n’avons pu retrouver le document qu’il a eu en mains et qui lui a permis d’ajouter deux longs passages au texte d’Abelly, ceux qui vont des mots « Voici maintenant )) à « de la sainte Vierge et des saints » et la fin, depuis « En finissant ». La citation du poète latin, si contraire aux habitudes de saint Vincent, laisse en l’esprit quelque doute sur l’authenticité de ces additions.
est aisé de voir que ceux-là s’avancent et que ceux-ci reculent. Or, pour tirer du profit de son oraison, il faut s’y préparer, et ceux-là manquent grandement qui négligent cette préparation et qui ne viennent faire oraison que par coutume et parce que les autres y vont. Ante orationem praepara animam tuam , dit le Sage2; avant que de te présenter à l’oraison prépare ton âme; car l’oraison est une élévation de l’esprit à Dieu pour lui représenter nos nécessités et pour implorer le secours de sa miséricorde et de sa grâce. Il est donc bien raisonnable qu’ayant à traiter avec une si haute et si sublime Majesté, l’on pense un peu qu’est-ce qu’on va faire, devant qui est-ce qu’on va se présenter, qu’est-ce qu’on lui veut dire, quelle grâce on lui doit demander. Il arrive néanmoins souvent que la paresse et la lâcheté empêchent de penser à cela; ou bien, tout au contraire, la précipitation et l’inconsidération nous en détournent; ce qui fait que l’on tombe en ce défaut de préparation; à quoi il est nécessaire de remédier. Il faut encore prendre garde à notre imagination vagabonde et coureuse pour l’arrêter, et à la légèreté de notre pauvre esprit pour le tenir en la présence de Dieu, sans pourtant faire un trop grand effort, car l’excès est toujours nuisible.
L’oraison a trois parties; chacun en sait l’ordre et la méthode; il s’y faut tenir.
Voici maintenant ce qu’il faut faire : d’abord se mettre en la présence de Dieu, en le considérant soit comme il est dans les cieux, assis sur le trône de sa Majesté, d’où il a les yeux sur nous et contemple toutes choses; soit dans son immensité, présent partout, ici et ailleurs, au plus haut des cieux et dans le plus bas