‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 2)Chapitre 258 sur 280 · RÉPÉTITION D’ORAISON DU 25 AOUT · texte numérisé non relu

RÉPÉTITION D’ORAISON DU 25 AOUT

Saint Vincent attend des nouvelles des missionnaires de Gênes et de Madagascar. — Lors même que les nouvelles seraient mauvaises, il ne faudrait pas se décourager; Dieu a ses desseins. — Lettre de la reine de Pologne.

Notre bienheureux Père commença ce discours par recommander aux prières de la Compagnie nos missionnaires de Gênes, dont il dit n’avoir reçu aucune nouvelle; et la raison de cela, c’est qu’il n’y a pas maintenant, dit-il, de commodité d’écrire, étant donnée la rupture du commerce de cette ville-là avec les autres ■villes, à cause de la peste, qui y est bien furieuse. Sontils morts ou vivants? En quelqu’état qu’ils soient, je vous les recommande et prie les prêtres qui n’ont pas d’obligation de célébrer pour un autre sujet, de le faire pour cette petite famille, et nos frères de s’en ressouvenir en entendant la sainte messe et en leurs communions.

Je recommande de plus à la Compagnie ceux de la même Compagnie qui sont à Madagascar. Nous avons appris qu’il est arrivé un vaisseau à Nantes, mais, comme nous n’avons reçu encore aucune autre nouvelle, ni aucune lettre, nous sommes en l’attente d’apprendre i état de nos confrères qui sont de delà. Sont-ils morts?

Entretien 171. — Manuscrit des répétitions d’oraison, f° 57 v°.

Sont-ils vivants? Nous ne le savons. En quelqu’état qu’ils soient, prions Dieu pour eux. Et quand il serait vrai qu’ils sont morts, faudrait-il pour cela abandonner cet œuvre, cette terre qu’eux et ceux qui les ont précédés ont commencé à défricher? O Jésus! non, il s en faut bien garder ! — Mais quoi ! dira-t-on peut-être, ne semole-L-il pas que Dieu ne veut plus se servir de nous, ni là, ni à Gênes, puisqu’il permet que tant et de si bons ouvriers y meurent? Quoi! la Compagnie n’est encore que dans son berceau, et cependant voilà que Dieu permet que tant et de si bons ouvriers meurent!

Messieurs et mes frères, ne nous étonnons pas de cela; au contraire, consolons-nous de voir qu’il plaît à Dieu traiter la Compagnie comme il a traité l’Eglise dans le commencement, lorsqu’elle ne faisait que de naître. Oh ! que les conduites de Dieu sont admirables et incompréhensibles aux hommes ! Nous voyons que le Fils de Dieu même était la colonne de l’Eglise, et cependant voilà que le Père éternel veut qu’il meure. Que fait-il? Il choisit des personnes, des apôtres pour l’établir par toute la terre; et ces apôtres, qui étaient le soutien de cette même Eglise, voilà que Dieu veut qu’ils meurent et qu’ils soient tous martyrs; et après eux, il en suscite d’autres. A voir cela, on aurait jugé que le dessein de Dieu était d’abandonner l’Eglise et de la laisser entièrement ruinée; mais c’est tout le contraire, car le sang des chrétiens a été la semence du christianisme par toute la terre, et l’on compte jusqu’à trentecinq papes qui ont tous été martyrs les uns après les autres. Vous en voyiez un aujourd’hui que l’on faisait mourir; demain il y en avait un autre; et à celui-là on lui met la tête en bas, et voilà que Dieu en suscite un autre; et celui-ci encore, et un autre se présente. Et ainsi, Messieurs, voilà comment Dieu s’est comporté

dans le commencement de l’Eglise. Considérez, je vous prie, cette conduite de Dieu, qui établit et affermit son Eglise par la destruction, s’il faut ainsi dire, et la ruine de ceux qui la soutenaient et en étaient les principaux appuis.

Je vous dis ceci, mes frères, afin de vous disposer à recevoir les nouvelles qui viendront, quelles qu’elles soient, avec conformité au bon plaisir de Dieu, et que vous ne vous étonniez pas si l’on nous vient dire que tous ceux qui étaient à Gênes sont morts, que tous ceux qui étaient à Madagascar sont morts, et que vous ne veniez à penser qu’il faudrait abandonner Gênes, qu’il faut abandonner Madagascar. O Dieu, que nenni ! Il nous faut bien garder de les abandonner; ains, au contraire, ce nous doit être un sujet de ne le pas faire, puisque c’est en cette manière que Dieu s’est comporté dans l’établissement de son Eglise, et que c’est une marque, puisque sa divine Majesté en use de la sorte, qu’il la veut établir davantage dans ces pays-là.

Et notre bon M. Desdames, ce bon serviteur de Dieu, qui a tant souffert, je le recommande pareillement à vos prières. Vous dirai-je que la reine de Pologne me fait l’honneur de m’en écrire elle-même de sa propre main? Voici sa lettre; il n’y a pas de danger qu’on vous la lise; ce que vous entendrez vous consolera.

M. Vincent fit lire ladite lettre par un de nos frères; et par cette lettre, qui est écrite du mois de juillet dernier, Sa Majesté raconte à M. Vincent les généreuses actions et les actes de vertus héroïques que ce serviteur de Dieu, M. Desdames, a pratiqués.

La lettre étant lue, il dit, parlant à la Compagnie : Cela n’est-il pas merveilleux ? Que vous en semble, Messieurs? Que vous en semble, mes frères? Voyez un peu, je vous prie, combien vaut un homme qui est

animé de lesprit de Dieu ! Et que ne fait-il pas ! Or sus, Dieu soit loue ! D un côté, voilà que nous avons sujet d affliction ; de 1 autre, sujet de consolation. Aujourd’hui nous apprenons que la Compagnie a reçu quelque dechet en tel endroit, quelque confusion, par exemple, et demain nous apprendrons qu’en un autre Dieu a fait des merveilles par elle; comme à présent, par exemple, on nous mande de Piémont que Dieu donne une telle bénédiction aux missions que nos confrères font, que, ne pouvant pas suffire à tous les peuples qui y viennent en foule, ils ont été contraints de prendre avec eux les prêtres séculiers qu’ils ont trouvés; mais, ceux-ci ne suffisant pas encore, il leur a fallu avoir recours même aux religieux.

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