‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 2)Chapitre 266 sur 280 · XI · texte numérisé non relu

XI

fasse point de cas, que le monde nous croie gens de peu de vertu, ignorants, propres à rien.

Non seulement un chacun de la Compagnie doit aimer cela à son égard, mais aussi il le doit aimer pour le regard de la Compagnie en général. Oui, aimer que l’on en parle comme d’une communauté la moins utile de l’Eglise de Dieu, la plus imparfaite; aimer qu’on dise d’elle qu’elle est la plus ignorante et qu’elle est impropre à toutes choses. Le Fils de Dieu a voulu passer par là; il a été tenu parmi le peuple pour un séducteur; il a souffert d’être postposé à Barabbas, de passer pour un démoniaque, dans le rebut du peuple; bref, il a agréé, aimé cet état. Cela étant ainsi, que le Fils de Dieu a aimé cet état, pourquoi ne l’aimerions-nous pas? Voyez-vous, il faut nous efforcer toujours d’aimer l’abjection, la confusion qui nous arrive de nos fautes; il faut haïr et détester le ma] lorsqu’il va jusqu’au péché, et faire notre possible pour nous en corriger. Mais, étant une fois commis, nous devons aimer la confusion qui nous en revient et être bien aises qu'à cause de cela nous soyons méprisés.

j’ai connu une bonne fille2 qui avait une cuisse une fois aussi grosse que l’autre; et à cause de cela, ne pouvant pas, comme les autres dans le monde, aller au bal, etc., elle se retira pour vivre en solitude et ne se point marier; et, depuis, elle disait ces paroles : « O ma bénite jambe, qui avez été cause que je me suis retirée du monde! ô confusion aimable, qui m’avez procuré un si grand bien ! »

Je lisais hier au soir une lettre, touchant notre bon défunt M. Duiguin, par laquelle on me mande que sa mort a mis tout le monde en pleurs, voyant qu’ils per-

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