‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 2)Chapitre 268 sur 280 · RÉPÉTITION D’ORAISON DU n NOVEMBRE i · texte numérisé non relu

RÉPÉTITION D’ORAISON DU n NOVEMBRE i

Il faut suivre en tout la volonté de Dieu pour l’amour de Dieu. — • Zèle des deux frères Jean et Phulippe Le Vacher, missionnaires en Barbarie.

Notre très honoré Père faisant répéter l’oraison à un de nos frères clercs, celui-ci vint à dire que ce n’était pas assez de faire les choses que Dieu demande de nous, mais que, ces choses-là, il les fallait faire pour l’amour de Dieu. Alors M. Vincent prit la parole et dit à ce bon frère : Mon frère, vous venez de dire une chose qui est à peser et considérer, et je prie Dieu qu’il vous bénisse. En effet, Messieurs et mes frères, ce n’est point assez de faire la chose que Dieu demande

Entretien 176. — Manuscrit des répétitions d’oraison, f° 64 v°.

de nous, mais il faut de plus bien faire cette même chose pour l’amour de Dieu; faire la volonté de Dieu, et cette même volonté de Dieu, la faire selon sa volonté, c’est-à-dire en la manière que Notre-Seigneur a fait la volonté de son Père, étant sur la terre. Par exemple, nous autres prêtres, nous célébrons la sainte messe, parce que c’est la volonté de Dieu; or, ce n’est point assez de faire en cela la volonté de Dieu, à savoir de célébrer; mais nous devons de plus nous efforcer d’offrir, avec le plus de perfection qui nous sera possible, ce même sacrifice à Dieu, selon la volonté du même Dieu, ainsi que Notre-Seigneur sur la terre offrit le sacrifice sanglant et non sanglant de soi-même à son Père éternel; et nous devons, Messieurs, nous efforcer, tant que nous pourrons, d’offrir nos sacrifices au Père étemel dans ce même esprit que je viens de dire que fit Notre-Seigneur; et cela aussi parfaitement que notre pauvre, chétive et misérable nature nous le peut permettre. Et ainsi de nos frères qui entendent la sainte messe, auxquels il ne suffit pas de l’entendre et de faire en cela la volonté de Dieu, mais ils doivent encore faire la même volonté de Dieu en entendant la messe dévotement, avec attention et pureté d’intention. Ainsi à l’égard des œuvres; je dis, des bonnes œuvres, comme, verbi gratta, une personne qui garde bien sa règle, c’est quelque chose de bien garder sa règle, mais ce n’est pas assez si on ne le fait pour l’amour de Dieu.

De sorte, voyez-vous, que tout ce que nous faisons ou souffrons, si nous ne le faisons ou souffrons pour l’amour de Dieu, tout cela ne nous sert de rien; voire même, quand nous serions brûlés tout vifs, ou que nous donnerions tous nos biens aux pauvres, dit saint Paul, si nous n’avons la charité et si nous ne le faisons ou souffrons pour l’amour de Dieu, cela ne nous servira de

rien. Assister, par exemple, les pauvres esclaves, c’est un œuvre fort excellent, et il y a même quelques Ordres dans l’Eglise de Dieu qui ont toujours été estimés et considérés par-dessus les autres, pource qu’ils s’emploient à cela, comme l’Ordre de la Rédemption des captifs, dont les membres font, entre autres vœux, celui de s’offrir comme esclaves à la place de. ceux qui seraient tentés d’apostasier, afin de les délivrer du danger de perdre la foi.

Cela, Messieurs, est beau et bien excellent; mais il me semble qu’il y a encore quelque chose de plus en ceux qui non seulement s’en vont à Alger, à Tunis, pour y contribuer à racheter les pauvres chrétiens, mais qui, outre cela, y demeurent, et y demeurent pour racheter ces pauvres gens, pour les assister spirituellement et corporellement, courir à leurs besoins, être toujours là pour les assister. O Messieurs, ô mes frères, considérez-vous bien la grandeur de cet œuvre ? Le voyez-vous bien ? Y a-t-il, je vous prie, chose plus rapportante à ce qu’a fait Notre- Seigneur descendant ici-bas en terre pour y racheter les hommes de la captivité du péché et du démon que celui-là! Qu’a fait le Fils de Dieu? Il a quitté le sein de son Père éternel, lieu de son repos, de sa gloire; et pourquoi faire? Pour descendre ici-bas en terre parmi les hommes, afin de les instruire par ses paroles et par ses exemples, de les dégager de la captivité où ils étaient et de les racheter. Pour ce faire, il a même donné jusqu’à son propre sang. Ainsi. Messieurs, nous ne devons tenir à quoi que ce soit; aises, commodités, quittons tout pour servir Dieu et le prochain. La nature ne demande que le changement; et si on la, veut croire, elle 'nous persuadera continuellement le changement; mais il faut se raidir contre. Il faut beaucoup de force, je l’avoue.

Voilà M. Le Vacher l’aîné qui est à Tunis; quel travail pensez-vous qu’il a sur les bras maintenant? A peine pouvaient-ils, deux qu’ils étaient, faire ce qu’il y avait à faire; et maintenant le voilà seul, chargé du consulat, qu’il faut qu’il exerce, et, d’autre côté, du soin des pauvres esclaves ! La nature demanderait à se voir dégagée de ce fardeau, mais il faut tenir ferme et se raidir contre et nous tenir où Dieu nous a mis, à quelqu’emploi et en quelque pays que ce soit l.

Et celui-ci (parlant de M. Philippe Le Vacher, qui était de retour d’Alger depuis environ deux mois et qui se disposait à y retourner 2), savez-vous bien qu’il passe chaque année des sept et huit nuits sans dormir, afin d’entendre les confessions des pauvres esclaves, qu’il va trouver dans les lieux où ils sont retirés, et passer les nuits avec eux, ces pauvres gens n’ayant d’autre temps que celui-là pour se confesser, car leurs patrons ne veulent pas qu’ils soient diveitis de leur travail durant le jour? C’est ce que m’a mandé le consul par diverses fois, en m’avertissant que, si je ne lui faisais modérer ses veilles, il y aurait à craindre qu’il ne succombât sous le faix. Or, de cela je vous prie de ne lui en point parler et de ne lui point dire que je vous ai dit cela de lui. Peut-être fais-je mal de vous dire cela; mais quoi! comme je ne me saurais empêcher de dire le bien quand je le vois, aussi, en contre-échange, je ne me puis empêcher de dire le mal quand je le remarque, et de dire : (( Vous avez fait telle et telle faute 3. »

1. En marge : Nota que M. Vincent voulait encourager, comme il est croyable, M. Philippe Le Vacher, qui était bientôt prêt à s’en retourner à Alger.

2. En marge : Ici il parle dudit sieur Philippe Le Vacher, qui venait de sortir de cette répétition d’oraison.

3. En marge : M. Vincent rapporta un passage du prophète sur ce qu ayant vu les ennemis, il s’est écrié contre eux. Faut chercher ce passage et l’écrire ici.

Or sus, Dieu soit béni et glorifié à jamais! Le royaume de Dieu souffre violence, et il n’y a que les forts qui le ravissent, ceux qui pratiquent la vertu parmi les plus grandes difficultés, qui souffrent et pâtissent le plus pour l’amour de Dieu; et c’est ce que Dieu veut de nous. Plaise à sa divine Majesté nous faire la grâce à tous de faire toujours et en toutes choses sa sainte volonté !

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