‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 2)Chapitre 270 sur 280 · Livre de Baruch VI · texte numérisé non relu

Livre de Baruch VI

Père, qui vivait dans le premier siècle, un tel Père de l’Eglise, qui vivait dans les premiers siècles. » Voilà comme l’on dit. De même en dira-t-on de ceux qui sont à présent dans la Compagnie : « Du temps des premiers prêtres de la Mission on faisait cela; ils faisaient cela; telles et telles vertus y étaient en vigueur », et ainsi du reste.

O Messieurs, cela étant, quel exemple ne devons-nous point laisser à nos successeurs, à nos enfants, puisque le bien qu’ils feront dépend en quelque façon de celui que nous pratiquerons! S’il est vrai, comme disent les Pères de l’Eglise, que Dieu fait voir aux pères et mères qui sont damnés le mal que leurs enfants commettent sur la terre, afin que par là leur tourment en soit augmenté, et que plus ces enfants font de maux, plus les pères et mères qui en sont cause par le mauvais exemple qu’ils leur ont laissé, en souffrent, aussi d’autre part, et saint Augustin le dit, Dieu fait voir aux pères et mères qui sont au ciel le bien que font leurs enfants qui sont encore ici-bas en terre, afin que leur joie en soit augmentée. De même, Messieurs, quelle consolation, quelle joie n’aurons-nous point lorsqu’il plaira à Dieu nous faire voir la Compagnie qui fera bien, qui foisonnera en bonnes œuvres, qui observera fidèlement et exactement les règles, sera dans la pratique des vertus qui composent son esprit, des bons exemples que nous leur aurons donnés !

O misérable que je suis, qui dis et ne fais pas! Je dis aux autres ce qu’il faut qu’ils fassent, et moi-même je ne le pratique p.as ! Priez Dieu pour moi, Messieurs, priez Dieu pour moi, mes frères, afin que je me convertisse.

Or sus, donnons-nous donc à Dieu tout de bon, travaillons, travaillons, allons assister les pauvres gens des

champs qui attendent après nous. Par la grâce de Dieu, il y a de nos maisons qui sont quasi toujours dans le travail, les unes plus, les autres moins, à cette mission, à cette autre, de ce village en cet autre, toujours travaillant, par la miséricorde de Dieu.

Il me souvient (faut-il que je dise ceci?) qu’autrefois, lorsque je revenais de la mission, il me semblait que, revenant à Paris, les portes de la ville devaient tomber sur moi et m’écraser; et rarement revenais-je de la mission que cette pensée ne me vînt dans l’esprit. La raison de cela, c’est que je considérais en moi-même : « Tu t’en vas à Paris, et voilà d’autres villages qui attendent la même chose de toi que ce que tu viens de faire à celui-là et à celui-là ! Si tu n’eusses pas été là, vraisemblablement telles et telles personnes, mourant en l’état où tu les a trouvées, seraient perdues et auraient été damnées. Si tu as trouvé cela, tels et tels péchés qui se commettent en cette paroisse-là, n’as-tu pas sujet de douter que tu trouveras la même chose et que de pareilles fautes se commettent en la paroisse voisine? Cependant ils attendent que tu ailles faire la même chose chez eux que tu viens de faire à leurs voisins; ils attendent la mission, et tu t’en vas, tu les laisses là! S’ils meurent cependant et qu’ils meurent dans leurs péchés, tu seras en quelque façon cause de leur perte, et tu dois craindre que Dieu ne t’en demande compte. » Voilà, Messieurs, les pensées dont mon esprit était frappé.

Finissons. Je recommande aux prières de la Compagnie le bon M. Bourdaise, seul à Madagascar, à ce qu’il plaise à Dieu le fortifier de sa grâce et le conserver à la Compagnie; cet homme que Dieu bénit de la sorte que vous savez; cet homme que nous avons par diverses fois été sur le point de renvoyer, pource que nous ne jugions pas qu’il eût même assez de science pour demeurer dans

la Compagnie. Oh ! qu’il fait bon espérer en Dieu et mettre notre confiance en lui !

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