AVIS A DE JEUNES ÉTUDIANTS RÉCEMMENT SORTIS DU SÉMINAIRE INTERNE
Le passage du séminaire aux études est un passage très dangereux, auquel plusieurs font naufrage; et s’il y a aucun temps auquel on doive prendre garde à soi, c’est celui des études; car il est très périlleux de passer d’une extrémité à l’autre, comme le verre qui passe de la chaleur du fourneau en un lieu froid court le risque: de se casser; et par ainsi, il importe grandement de se maintenir dans sa première ferveur, pour conserver la grâce que l’on a reçue et pour empêcher la nature de prendre le dessus. Si, à chaque fois que nous éclairons notre entendement, nous tâchons aussi d’échauffer notre
2. Saint Vincent aurait ajouté, d’après Abelly (op. ci/., t. I, p. 55); « Et en cela vous remarquerez, s’il vous plaît, le temps opportun qu'il prit et les termes dont il usa, qui sont les deux circonstances qu’il faut particulièrement observer en telles occasions. » L’aumônier n’est autre que saint Vincent lui-même, alors dans la maison (des Gondi. Le général des galères voulait venger un de ses proches parents, tué en duel par un seigneur de la cour. Il pensait qu’il y allait de son honneur, et, par une dévotion mal placée, il était venu assister à la messe de son aumônier pour implorer l’aide de Dieu. Ebranlé par la parole du saint, il renonça généreusement à son projet. Le sacrifice était dur. Un voyage sur ses terres et l’éloignement du meurtrier, qui dut partir en exil, achevèrent .de le calmer.
Entretien 15. — Abelly, op. ci/., 1. III, chap. xxiv, sect. I, p. 342.
volonté, assurons-nous que l’étude nous servira de moyen pour aller à Dieu, et tenons pour une maxime indubitable qu’à proportion que nous travaillerons à la perfection de notre intérieur, nous nous rendrons plus capables de produire du fruit envers le prochain. C’est pourquoi, en étudiant pour servir les âmes, il faut avoir soin de remplir la sienne de piété, aussi bien que de science, et, pour cet effet, lire des livres bons et utiles, et s’abstenir de la lecture de ceux qui ne servent qu’à contenter la curiosité; car la curiosité est la peste de la vie spirituelle. C’est par la curiosité de nos premiers parents que la mort, la peste, la guerre, la famine et les autres misères sont entrées dans le monde; et par conséquent nous devons nous en donner de garde comme d’une racine de toutes sortes de maux.