‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 2)Chapitre 27 sur 280 · SUR L’EMPLOI D’AUMONIER AUPRÈS D’UN GRAND · texte numérisé non relu

SUR L’EMPLOI D’AUMONIER AUPRÈS D’UN GRAND

Les motifs sont :

i° Parce que l’on parle fort peu de cette matière, qui est très importante.

2° Parce que Dieu peut en être bien glorifié.

3° Parce que la Compagnie dirige beaucoup d’ecclésiastiques.

Ses qualités :

i° Il serait à souhaiter que ce fût un saint, non d’une sainteté consommée, qui n’appartient qu’aux saints consommés, mais d’une solide vertu, non pas telle quelle, ni comme celle d’un néophyte, mais que ce fût un homme bien intérieur.

2° Il faudrait avoir un extérieur bien réglé; autrement, on serait le jouet de tous les domestiques de la maison.

3° Une grande chasteté.

4° Un grand mépris des honneurs et des richesses; faire peu de cas de ce que les grands estiment, lesquels d'ordinaire ne respirent qu’honneurs et richesses; et pour cela ne pas rendre ses services dans l’espérance d’avoir un bénéfice. Il fut rapporté qu’une personne disait que c’était, simonie mentale.

5° Une grande prudence; peu de communications.

Je ne rapporterai pas les moyens. Voici ce que M. Vincent dit :

« Messieurs, je trouve que nous avons eu raison de nous entretenir sur ce sujet, parce que quelqu’un de la Compagnie peut être choisi de Dieu pour le servir en

Entretien 14. — Recueil de diverses exhortations et lettres de

S. Vincent aux Missionnaires , p. 16.

cette qualité. Je bénis Dieu des lumières qu’il a données à ceux qui ont parlé.

c( Pour les devoirs, le premier, c’est, à l'égard de soimême, une grande vigilance sur toutes ses actions, et pour cela être exact au petit règlement de la Compagnie, surtout à l’oraison. Messieurs, on me fit l’honneur de me demander un homme pour servir en cette qualité; et en ayant proposé un, on me demanda: « Estce un homme d’oraison ? » Je l’assurai, et aussitôt on me dit que l’on avait sujet d’espérer toutes sortes de bénédictions, que l’on aimait mieux une grande piété qu’une grande science, qu’il aurait du temps assez pour cela, aux heures libres. Se donner à Dieu pour faire une grande estime de son maître et de sa femme; adorer Dieu en son maître, et en sa maîtresse la sainte Vierge. Le deuxième devoir, c’est de faire ce que le curé fait envers la paroisse, car c’est proprement le curé. Feu M. Duval croyait qu’aux champs l’aumônier était le curé du seigneur dont il était aumônier. »

M. Vincent dit que cela s’observait à la cour, que le grand aumônier était le curé de tous ceux de la cour; telle est l’intention de l’Eglise. Il doit donc faire ce que le curé fait envers ses paroissiens :

« i° Offrir le Saint Sacrifice avec dévotion; et pour cela, n’être ni trop court, ni trop long, circum circa. Après la messe, faire les révérences accoutumées et faire cela dans l’esprit qu’il faut. Feu notre bon Père de Genève h après avoir célébré la messe en présence d’un grand seigneur, fit une grande révérence. Que pensezvous, Messieurs, à quoi pensait notre bienheureux ? II n’avait garde de penser à des civilités et des compliments mondains, mais il adorait la seigneurerie de Dieu en ces personnes.

i. Saint François de Sales.

« 2° Instruire. Faire l’instruction en public serait une chose bonne; mais d’ordinaire cela ne réussit pas, d autant que la plupart vont à leurs affaires; mais c’est de gagner les serviteurs, marmitons, et les prendre en particulier pour les instruire. A table, il doit donner la bénédiction, à moins qu’il ne s’y trouvât queiqu ecclesiastique de qualité qui le fît. Si le maître trouve bon qu’il parle pendant le dîner, il doit le faire. Quelquesuns ne le trouvent pas à propos; d’autres si, quand il s’agit de quelque matière qui regarde l’état ecclésiastique, ou qu’on demande son avis sur quelque chose.

« Ensuite il doit dîner avec le maître d’hotel; la il se met à table après lui ; la coutume a prévalu pour ce désordre. Il doit être ici un grand exemple de vertu, de retenue, ne pas reprendre beaucoup pour de petites choses et même faire un peu la sourde oreille; ne pas trop élever quelquefois les yeux au ciel; et si d’aventure il entendait, par exemple, que Dieu est injuste, il doit, dans ces rencontres, prendre la parole; mais, hors ce cas, attendre en particulier à reprendre ces personnes-là, car de le faire sur le champ, d’ordinaire ce sont des gens bien ferrés, le diable se fourre là dedans, et on y gagne fort peu; mais ce qu’il faut faire, c’est de gagner le maître d’hôtel d’avance et lui faire reconnaître l’obligation qu’il a par sa charge d’empêcher le mal; la reine a choisi un homme exprès pour cela.

« Il doit aussi entretenir le maître et son épouse dans une grande union et dans un grand amour. Il doit avertir quelquefois, s’il sent que le maître a confiance en lui; sinon, faire avertir par le curé; s’il se glissait quelque désordre, par le confesseur, par le directeur,, quelquefois par lui-même.

« Il y a eu, Messieurs, un aumônier qui, sachant de bonne part que son maître avait dessein de s’aller battre en duel, cet aumônier, après avoir célébré la

sainte messe, et lorsque tout le monde se fut retiré, s’alla jeter aux pieds de son maître, qui était à genoux,, et là il lui dit : « Monsieur, permettez qu’en toute humilité je vous dise un mot : je sais que vous avez dessein: de vous aller battre en duel ; je vous dis, de la part de: mon Dieu, que je viens de vous montrer et que vous-: venez d’adorer, que, si vous ne quittez pas ce mauvais:' dessein, il exercera sa justice sur vous et sur toute votre: postérité. »

(( Cela dit, l’aumônier se retira2. »

Page 1