RÉGIT D’UNE TENTATION CONTRE LA FOI
J’ai connu un célèbre docteur, lequel avait longtemps i défendu la foi catholique contre les hérétiques, en la qualité de théologal, qu’il avait tenue dans un diocèse.
La défunte reine Marguerite l’ayant appelé auprès de soi pour sa science et pour sa piété, il fut obligé de
Entretien 19. — Abelly, of. cit 1. III, chap. n, p. 9.
1, Evangile de saint Luc IV, 18.
Entretien 20. — Abelly, of. cit., 1. III, chap. xi, sect. 1, p 116.
quitter ses emplois; et comme il ne prêchait, ni ne catéchisait plus, il se trouva assailli, dans le repos où il était, d’une rude tentation contre la foi. Ce qui nous apprend, en passant, combien il est dangereux de se tenir dans l’oisiveté, soit du corps, soit de l’esprit : car, comme une terre, quelque bonne qu’elle puisse être, si néanmoins elle est laissée quelque temps en friche, produit incontinent des chardons et des épines, aussi notre âme ne peut pas se tenir longtemps en repos et en oisiveté, qu’elle ne ressente quelques passions ou tentations qui la portent au mal. Ce docteur donc, se voyant en ce fâcheux état, s’adressa à moi pour me déclarer qu’il était agité de tentations bien violentes contre la foi, et qu’il avait des pensées horribles de blasphème contre Jésus-Christ, et même de désespoir, jusque-là qu’il se sentait poussé à se précipiter par une fenêtre. Et il en fut réduit à une telle extrémité, qu’il fallut enfin l’exempter de réciter son bréviaire et de célébrer la sainte Messe, et même de faire aucune prière; d’autant que, lorsqu’il commençait seulement à réciter le Pater, il lui semblait voir mille spectres, qui le troublaient grandement; et son imagination était si desséchée, et son esprit si épuisé, à force de faire des actes de désaveu de ses tentations, qu’il ne pouvait plus en produire aucun. Etant donc dans ce pitoyable état, on lui conseilla cette pratique, qui était que toutes et quantes fois qu’il tournerait la main ou l’un de ses doigts vers la ville de Rome, ou bien vers quelque église, il voudrait dire par ce mouvement et par cette action qu’il croyait tout ce que l’Eglise Romaine croyait. Ou’ arriva-t-il après tout cela? Dieu eut enfin pitié de ce pauvre docteur, lequel, étant tombé malade, fut en un instant délivré de toutes ses tentations; le bandeau d’obscurité lui fut ôté tout d’un coup de dessus les yeux de son esprit ; il commença à voir toutes les vérités de la foi, mais avec tant de clarté, qu’il lui sem-