‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 2)Chapitre 53 sur 280 · Evangile de saint Marc VII · texte numérisé non relu

Evangile de saint Marc VII

Entretien 38. — Abelly, of. cit ., 1. III, chap. xm, sect. 11, p. 221. — Celui que saint Vincent venait d’interroger, avant de commencer son entretien, avait avoué ingénument qu’une peine d’esprit l’avait empêché de méditer pendant une partie de l’oraison.

humiliantes, quand la prudence pci met qu on les déclaré tout haut, à cause du profit qu’on en tire, se surmontant soi-même dans la répugnance qu’on ressent à découvrir et à manifester ce que la superbe voudrait tenir caché. Saint Augustin a lui-même publié les péchés secrets de sa jeunesse, en ayant composé un livre, afin que toute la terre sût toutes les impertinences de ses erreurs et les excès de ses débauches. Et ce vaisseau d’élection, saint Paul, ce grand apôtre qui a été ravi jusqu’au ciel, n’a-t-il pas avoué qu’il avait persécuté l’Eglise? Il l’a même couché par écrit fi afin que jusqu’à la consommation du siècle on sût qu’il avait été un persécuteur. Certes, si on n’est bien attentif sur soimême, et si on ne se fait quelque violence pour déclarer ses misères et ses défauts, on ne dira que les choses qui peuvent faire estimer, et on cachera celles qui donnent de la confusion; c’est ce que nous avons hérité de notre premier père, Adam, lequel, après avoir offensé Dieu, s’alla cacher.

J’ai fait diverses fois la visite en quelques maisons de religieuses, et j’ai souvent demandé à plusieurs d’entre elles pour quelle vertu elles avaient plus d’estime et d’attrait; je le demandais même à celles que je savais avoir plus d eloignement des humiliations ; mais à peine, entre vingt, en ai- je trouvé une qui ne me dît que c’était pour 1 humilité, tant il est vrai que chacun trouve cette vertu belle et aimable. D ou vient donc qu’il y en a si peu qui 1 embrassent, et encore moins qui la possèdent? C’est qu on se contente de la considérer, et on ne prend pas la peine de 1 acquérir. Elle est ravissante dans la spéculation, mais dans la pratique elle a un visage désagréable a la nature; et ses exercices nous déplaisent.

x. Première épître de saint Paul

aux Corinthiens XV, 9.

parce qu’ils nous portent à choisir toujours le plus bas lieu, à nous mettre au-dessous des autres et même des moindres, à souffrir les calomnies, chercher le mépris, aimer Y abjection, qui sont choses pour lesquelles naturellement nous avons de l’aversion. Et partant il est nécessaire que nous passions par-dessus cette répugnance,, et que chacun fasse quelque effort pour venir à l’exercice actuel de cette vertu; autrement, nous ne l’acquerrons jamais. Je sais bien que, par la grâce de Dieu, il y en a parmi nous qui pratiquent cette divine vertu, et qui non seulement n’ont aucune bonne opinion, ni de leurs talents, ni de leur science, ni de leur vertu, mais qui s’estiment très misérables, et qui veulent être reconnus pour tels, et qui se placent au-dessous de toutes les créatures; et il faut que je confesse que je ne vois jamais ces personnes, qu’elles ne me jettent delà confusion dans l’âme; car elles me font un reproche secret de l’orgueil qui est en moi, abominable que je suis. Mais, pour ces âmes, elles sont toujours contentes, et leur joie rejaillit jusque sur leur face, parce que le Saint-Esprit, qui réside en elles, les comble de paix, en sorte qu’il n’y a rien qui soit capable de les troubler. Si on les contredit, elles acquiescent; si on les calomnie, elles le souffrent; si on les oublie, elles pensent qu’on a raison; si on les surcharge d’occupations, elles travaillent volontiers; et pour difficile que soit une chose commandée, elles s’y appliquent de bon cœur, se confiant en la vertu de la sainte obéissance. Les tentations qui leur arrivent ne servent qu’à les affermir davantage dans l’humilité et à les faire recourir à Dieu et à les rendre ainsi victorieuses du diable; de sorte qu’elles n’ont aucun ennemi à combattre que le seul orgueil, qui ne nous donne jamais de trêves pendant cette vie, mais qui attaque même les plus grands saints qui sont sur la terre, en diverses

manières, portant les uns à se complaire vainement dans le bien qu’ils ont fait, et les autres dans la science qu’ils ont acquise; ceux-ci à présumer qu'ils sont les plus éclairés, et ceux-là à se croire les meilleurs et les plus fermes.

C’est pourquoi nous avons grand sujet de prier Dieu qu’il lui plaise nous garantir et préserver de ce pernicieux vice, qui est d’autant plus à craindre que nous y avons tous une inclination naturelle. Et puis nous devons nous tenir sur nos gardes, et faire le contraire de ce à quoi la nature corrompue nous veut porter : si elle nous élève, abaissons-nous ; si elle nous excite aux désirs de l’estime de nous-mêmes, pensons à notre faiblesse; si au désir de paraître, cachons ce qui nous peut faire remarquer, et préférons les actions basses et viles à celles qui ont de l’éclat et qui sont honorables. Enfin, recourons souvent à l’amour de notre abjection, qui est un refuge assuré pour nous mettre à couvert de semblables agitations, que cette pente malheureuse que nous avons à l’orgueil nous suscite incessamment. Prions Notre-Seigneur qu il ait agréable de nous attirer après lui par le mérite des humiliations adorables de sa vie et de sa mort. Offrons-lui, chacun pour soi, et solidairement les uns pour les autres, toutes celles que nous pourrons pratiquer, et portons-nous à cet exercice par le seul motif de l’honorer et de nous confondre.

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