SUR LE RESPECT HUMAIN
Un jour, quelqu'un des siens s’étant accusé devant les autres d’avoir agi par respect humain, Vincent de Paul, tout animé de l’amour de Dieu, dit « qu’il vaudrait mieux être jeté pieds et mains liés parmi des charbons ardents, que de faire une action pour plaire aux hommes ». Puis, s’étant mis à faire, d’un côté, le dénombrement de quelques-unes des perfections divines, et, de l’autre, des défauts, imperfections et misères des créatures, pour mieux montrer l’injustice et la folie de ceux qui négligent de faire leurs actions pour Dieu, et perdent leur temps et leur peine, pour n’avoir, en ce qu’ils font, que des vues basses et humaines, il ajouta ces paroles dignes de remarque : « Honorons toujours les perfections de Dieu; prenons pour but de tout ce que nous avons à faire celles qui sont les plus opposées à nos imperfections, comme sa douceur et sa clémence, directement opposées à notre colère; sa science, si contraire à notre aveuglement; sa grandeur et sa majesté infinies, si fort élevées au-dessus de notre bassesse et vileté; son infinie bonté, toujours opposée à notre malice. Etudions-nous à faire nos actions pour honorer et glorifier cette perfection de Dieu, qui est directement contraire à nos défauts. » Il ajoutait que cette application était comme l’âme de nos œuvres, et en rehaussait grandement le prix et la valeur; et il rappelait, à ce propos, les habits dont se revêtent les princes et les grands seigneurs, aux jours de leurs triomphes et magnificences; car, disait-il, « les habits ne sont pas ordinairement
Entretien 43. — Abelly, oj>. cîl ., 1. III, chap. iv, p. 31.
tant estimés pour l’étoffe dont ils sont faits, que pour les passements d’or et enrichissements de broderies, perles et pierres précieuses dont ils sont ornés ; de même, il ne faut pas se contenter de faire de bonnes œuvres, mais il les faut enrichir et relever par le mérite d’une très noble et très sainte intention, les faisant uniquement pour plaire à Dieu et pour le glorifier. »
SUR LA DOUCEUR
L’on voit quelquefois des personnes qui semblent être douées d’une grande douceur, laquelle pourtant n’est bien souvent qu’un effet de leur naturel modéré; mais ils n’ont pas la douceur chrétienne, dont le propre exercice est de réprimer et étouffer les saillies du vice contraire. On n’est pas chaste pour ne point ressentir de mouvements déshonnêtes, mais bien lorsqu’en les sentant on leur résiste. Nous avons céans un exemple de la vraie douceur; je le dis parce que la personne n’est pas présente, et que vous pouvez tous vous apercevoir de son naturel sec et aride; c’est Monsieur ... ; et vous pouvez bien juger s’il y a deux personnes au monde rudes et rébarbatives comme lui et moi; et cependant on voit cet homme se vaincre jusque-là qu’on peut dire vraiment qu il n’est plus ce qu’il était. Et qui a fait cela? C’est la \ertu de douceur, à laquelle il travaille, pendant que moi, misérable, je demeure sec comme une ronce. Te XÜUS Prieî Messieurs, de ne point arrêter vos yeux sur K s mauvais exemples que je vous donne, mais plutôt je ' 0113 exi10rte, pour me servir des termes du saint
Entretien 44. — Abelly, of. cil., 1. III, chap. xn, p. i78
Apôtre ], de marcher dignement et avec toute douceur et débonnaireté en l’état auquel vous avez été appelés de Dieu.