SUR L’AMBITION
Dieu ne nous a pas envoyés pour avoir des charges et des emplois honorables, ni pour agir ou parler avec pompe et avec autorité, mais pour servir et évangéliser les pauvres, et faire les autres exercices de notre Institut d’une façon humble, douce et familière. C’est pourquoi nous pouvons nous appliquer ce que saint Jean Chrysostome a dit en une de ses homélies, que, tant que nous demeurerons brebis par une véritable et sincère humilité,
Entretien 41. — Abelly, of. cit ., 1. III, cliap. xm, sect n, p. 217. Entretien 42. — Abelly, o-p. cit., 1. III, chap. xm, sect. 11, p. 225.
non seulement nous ne serons pas dévorés des loups, mais nous les convertirons même en brebis; et au contraire, dès le moment que nous sortirons de cette humilité et simplicité qui est le propre de notre Institut, nous perdrons la grâce qui y est attachée, et nous n’en trouverons aucune dans les actions éclatantes. Et certes, n’estil pas juste qu’un missionnaire qui s’est rendu digne dans sa petite profession de la bénédiction du ciel et de l’approbation et estime des hommes, soit privé de l’une et de l’autre, lorsqu’il se laisse aller aux œuvres qui se ressentent de l’esprit du monde, par l’éclat qu’on y recherche, et qui sont opposées à l’esprit de sa condition? N’y a-t-il pas sujet de craindre qu’il ne s’évanouisse dans le grand jour et qu’il ne tombe dans le dérèglement, conformément à ce qui se dit du serviteur devenu maître, qu’il est devenu en même temps fier et insupportable? Feu Mgr le cardinal de Bérulle, ce grand serviteur de Dieu, avait coutume de dire qu’il était bon de se tenir bas, que les moindres conditions étaient les plus assurées, et qu’il y avait je ne sais quelle malignité dans les conditions hautes et relevées; que c’était pour cela que les saints avaient toujours fui les dignités, et que Notre-Seigneur, pour nous convaincre par son exemple, aussi bien que par sa parole, avait dit, parlant de lui-meme, qu’il était venu au monde pour servir, et non poui être servi h
i. Evangile de saint Matthieu XX, 28.