ABRÉGÉ DE QUELQUES AVIS
SUR LA DOUCEUR
i° Prévoir les occasions dans lesquelles on pourrait manquer à la douceur, se représenter les sujets capables de provoquer des mouvements de colère, et former en son esprit par avance les actes de douceur qu’on se propose de pratiquer en toutes occasions.
2° Detester le vice de la colère en tant qu’il déplaît à ! heu, sans pour cela se fâcher ou s’aigrir de s’y voir sujet, d autant qu il faut haïr ce vice et aimer la vertu contraire, non parce que celui-là nous déplaît et que ( < he-ci nous agrée, mais uniquement pour l’amour de
i. Deuxième
Entretien 47.
épître à Timothée II, 24.
Abelly, of. cii ,y 1. III, chap. xn, p. 179.
Dieu, auquel cette vertu plaît et ce vice déplaît; ce faisant, la douleur que nous concevrons des fautes commises contre cette vertu sera douce et tranquille.
3° Quand on se sent ému de colère, cesser d’agir, et même de parler, et surtout de se déterminer, jusqu’à ce que cette passion soit calmée, parce que les actions faites dans cette agitation ne sont pas pleinement dirigées par la raison, qui est troublée et obscurcie par la passion, et par suite ne sont jamais parfaites.
4° Pendant cette émotion, s’efforcer de se maîtriser, au point de ne rien laisser paraître sur son visage. Il n’y a en cela rien contre la simplicité, parce qu’on le fait, non pour paraître autre qu’on est, mais par un désir sincère que la vertu de douceur, qui est en la partie supérieure de Pâme, s’écoule sur le visage, sur la langue et sur les actions extérieures, pour plaire à Dieu, et au prochain pour l’amour de Dieu.
5° Retenir surtout sa langue pendant que le cœur est ému, et, malgré tous les bouillons de la colère et toutes les saillies du zèle qu’on pense avoir, ne dire que des paroles douces et agréables pour gagner les hommes à D ieu. « Il ne faut quelquefois qu’une parole douce pour convertir un endurci, et, au contraire, une parole rude est capable de désoler une âme, et de lui causer une amertume qui pourrait lui être très nuisible. » Le saint a déclaré maintes fois qu’il n’avait usé « que trois fois dans sa vie de paroles de rudesse pour reprendre et corriger les autres, croyant avoir quelque raison d’en user de la sorte, et qu’il s’en était toujours depuis repenti, parce que cela lui avait fort mal réussi, et qu’au contraire il avait toujours obtenu par la douceur ce qu’il avait désiré ».