‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 2)Chapitre 87 sur 280 · RÉPÉTITION D’ORAISON · texte numérisé non relu

RÉPÉTITION D’ORAISON

SUR L’ORAISON

Pour avoir été infidèle à exécuter ses résolutions, il ne faut pas désister d’en prendre de nouvelles en toutes ses oraisons; de meme qu’ encore qu’il ne paraisse point de profit de la nourriture qu’on prend, on ne laisse pas pour cela de manger. Car c’est une des plus importantes parties, et même la plus importante de 1 oraison, de faire de bonnes résolutions ; et c’est à cela particulièrement qu’il faut s’arrêter, et non pas tant au raisonnement et au discours. Le principal fruit de l’oraison consiste à se bien résoudre, mais à se résoudre fortement, à bien fonder ses résolutions, s’en bien convaincre, se bien préparer à les exécuter, et prévoir les obstacles pour les surmonter. Ce n’est pas néanmoins encore tout, car enfin nos résolutions ne sont d’ellesmêmes que des actions physiques et morales; et quoique nous fassions bien de les former en notre cœur et de nous y affermir, nous devons néanmoins reconnaître que ce qu’elles ont de bon, leurs pratiques et leurs effets dépendent absolument de Dieu. Et d’où pensez-vous que provient le plus souvent que nous manquons à nos

Entretien 70. — Abelly, of. cil'., 1. III, chap. vu, sect. i, p. 63.

résolutions? C’est que nous nous y fions trop, nous nous assurons sur nos bons désirs, nous nous appuyons sur nos propres forces, et cela est cause que nous n’en tirons aucun fruit. C’est pourquoi, après que nous avons pris quelques résolutions en l’oraison, il faut beaucoup prier Dieu et invoquer instamment sa grâce avec une grande défiance de nous-mêmes, afin qu’il lui plaise nous communiquer les grâces nécessaires pour faire fructifier ces résolutions; et quoiqu’ après cela nous venions encore à y manquer, non seulement une ou deux fois, mais en plusieurs rencontres et pendant un long temps, quand bien même nous n’en aurions pas mis une seule en exécution, il ne faut jamais laisser pour cela de les renouveler et de recourir à la miséricorde de Dieu et implorer le secours de sa grâce. Les fautes passées doivent bien nous humilier, mais non pas nous faire perdre courage; et en quelque faute que l'on tombe, il ne faut pas pour cela rien diminuer de la confiance que Dieu veut que nous ayons en lui, mais prendre toujours une nouvelle résolution de s’en relever et de se garder d’y retomber, moyennant le secours de sa grâce, que nous lui devons demander. Quoique les médecins ne voient aucun effet des remèdes qu’ils donnent à un malade, ils ne laissent pas pour cela de les continuer et réitérer, jusqu’à ce qu fis y reconnaissent quelque espérance de vie. Si donc ion continue ainsi d’appliquer des remèdes pour les maladies du corps, quoique longues et extrêmes, encore qu on ny voie aucun amendement, à plus forte raison doit-on faire le même pour les infirmités de nos âmes, dan-, lesquelles, quand il plaît à Dieu, la grâce opère de très grandes merveilles.

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