‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 2)Chapitre 90 sur 280 · RÉPÉTITION D’ORAISON · texte numérisé non relu

RÉPÉTITION D’ORAISON

SUR L’ORAISON

A un frère qui s’était mis à genoux pour demander pardon à la communauté de ce que, depuis quelque temps, il ne faisait rien à l’oraisoin et même avait peine à s’y appliquer, saint Vincent dit ces mots :

Mon frère, Dieu permet quelquefois qu’on perde le goût qu’on ressentait, et l’attrait qu’on avait pour l’oraison, et même qu’on s’y déplaise. Mais c’est ordinairement un exercice qu’il nous envoie, et une épreuve qu’il veut faire de nous, pour laquelle il ne faut pas se désoler, ni se laisser aller au découragement. Il y a de bonnes âmes qui sont quelquefois traitées de la sorte, comme plusieurs saints l’ont aussi été. Oui, je connais plusieurs personnes fort vertueuses, qui n’ont que des dégoûts et des sécheresses en l’oraison; mais, comme elles sont bien fidèles à Dieu, elles en font un très bon usage; ce qui ne contribue pas peu pour leur avancement en la vertu. Il est vrai que, quand ces dégoûts et sécheresses arrivent à ceux qui commencent à s’adonner à l’oraison, il y a quelquefois sujet de craindre que cela ne provienne de quelque négligence de leur part; et c’est à quoi, mon frère, vous devez faire attention.

Alors le saint demanda au frère s’il ne souffrait paA

Entretien 73. — Abelly, of. cit., 1. III, chap. vit, sect. i, p. 66..

de la tête. Celui-ci ayant répondu qu’en effet il éprouvait souvent des maux de tête depuis qu’à la dernière retraite il avait cherché à se rendre les sujets d’oraison sensibles à l’esprit, saint Vincent ajouta :

Il ne faut pas, mon frère, agir de la sorte, ni s’efforcer de se rendre sensible en l’oraison ce qui ne l’est pas de sa nature; car c’est l’amour-propre qui se recherche en cela. Nous devons agir par esprit de foi dans l’oraison, et considérer les mystères et les vertus que nous méditons, dans cet esprit de foi, doucement, humblement, sans faire effort sur l’imagination, et appliquer plutôt la volonté pour les affections et résolutions, que l’entendement pour les connaissances.

Page 1