‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 4)Chapitre 100 sur 138 · Evangile de saint Matthieu XXVI · texte numérisé non relu

Evangile de saint Matthieu XXVI

à Syndérèse , instinct moral.

supporte patiemment tous les fâcheux accidents qui se rencontrent dans la vie, sans se fâcher; ou, si l’on se laisse aller, on rentre d’abord en soi-même pour apaiser le trouble. De là il faut donc avoir une bonne provision de patience, mes chères sœurs ; car, quand il ne vous viendrait rien à souffrir du côté des hommes, hélas! nous sommes si chétifs que dans nous-mêmes nous en trouverons assez; et nous sommes si changeants que nous avons assez de choses qu’il faut supporter; ce qui ne se peut faire sans patience.

Quoi ! Monsieur, une personne qui ne se fâche point en tout ce qui lui arrive, ni lorsqu’on La reprend quand elle n’a point failli, c’est cela la patience? — Oui, mes sœurs ; et vous devez vous exercer à cela quand il vous vient quelque chose à supporter, soit du côté des dames ou des malades ou des enfants, pour ne rien dire qui témoigne de l'impatience, quoique, quand les pauvres font quelque plainte, ou murmurent contre vous, on les peut avertir, pourvu que Ton ne se fâche point, pour remédier aux fautes qu’ils pourraient faire s’ils continuaient.

Voilà donc, mes sœurs, les vertus que vous devez souvent demander et travailler à avoir. Et les personnes qui n’ont point ces vertus, ô Sauveur! qu’elles ont bien sujet de s affliger ! Car, si une Fille de la Charité n’a point d humilité, il est certain que la vanité s’emparera bientôt de son pauvre esprit; et n’y ayant plus d’humilité, il n’y aura plus d’obéissance, ni de patience. Pauvre fille, qui a, tant d’années, exercé ces vertus, qui était si patiente que rien n’était capable de l’ébranler, qui était si ponctuelle en l’obéissance ! Où est allé tout cela? O mes sœurs, on dira d’elle ce qu’on dit de cette grande ville de Carthage. Il n’y reste que des masures depuis quelle a été vaincue par les Romains. Nos gens qui passent par là nous disent qu’il n’y a plus que quel-

ques pierres. Ces filles qui, dans le commencement, paraissaient avec ces belles vertus, ah! quelles étaient agréables aux yeux de Dieu ! Mais, quand ces belles verius sont à bas, que reste-t-il? Ce sont de vieilles masures. 11 n’y a plus ces beaux bâtiments de la charité, de l’humilité, ni des autres vertus que l’on y a vues autrefois , elles ont ete, mais elles ne subsistent plus ; l’esprit malin n’y a laissé que des masures. N’est-ce pas là une chose bien déplorable de voir dans une âme ce beau batiment spirituel tombe en ruines ! Si nous savions ce que c est ! On ! le bel édifice qu’une hile qui a de l’humilité, de la charité, de l’obéissance, de la patience ! Ah ! mes sœurs, il n y a rien de plus beau. Les anges en tout le ciel regardent avec plaisir la belle harmonie de ces vertus. Otez-moi cela d’une Fille de la Charité, que trouvez-vous? Ah! mes hiles, vous ne trouvez que le ironc d orgueil ! O pauvre enfant, que l’on a vue tant d’années si obéissante, faut-il dire que cela n’est plus! Quel regret de ne voir plus, au lieu de patience, qu’impatience; ou Ion a vu tant de support, n’y trouver plus que de l’emportement! Qu’est-ce que l’on peut dire sinon que c est une belle ville de Carthage ruinée. Il ne reste plus que -cette pauvre robe grise et le nom de Fille de la Charité. Oh! quel sujet d’affliction!

Je ne veux pas -dire qu’il y en ait qui soient arrivées jusqu’à ce degré; mais celles qui commencent à se relâcner, si elles ne se corrigent, y viendront bientôt. C’est pourquoi, quand on en voit quelqu’une qui se relâche en la sainte obéissance, il y a grand sujet qu’elle ne devienne comme cette grande ville. La pauvre hile, dira-t-on, elle était si charitable et si patiente ! Mais elle ne l’est plus; elle est tout autre à présent. Voyez, mes sœurs, les vices viennent quelquefois à un tel point qu’on est pire après avoir quitté la vertu, que l’on n’était avant que de 1 entreprendre ; de sorte qu’une hile qui autrefois a

été humble, devient toute vaine et plus quelle ne l'avait jamais été; ainsi des autres vices. Vous ne lui sauriez dire un mot qu’elle ne s'offense. Je veux qu’il n’y ait qu'un mois qu elle commence à être dans cette disposition ; elle n est pas encore dans un état désespéré ; mais il y a sujet de craindre quelle n'y vienne. Oui, mes sœurs, si cette fille ne se corrige, si elle ne reconnaît son misérable état et qu’elle vienne à tremper là dedans un mois, il est bien à craindre qu’elle ne puisse revenir. Quand on se laisse aller aux vices et qu’on en est venu à un certain degré, il n’y a plus de retour. On devient endurci de telle sorte qu’on ne se soucie plus de rien. Vous avez beau avertir ces filles-là; cela ne fait aucun effet. Mes filles, je ne veux pas croire qu’il y en ait une d’entre vous qui soit en cet état déplorable ; au contraire, je veux croire que, si la nature a prévalu jusqu’à présent, en sorte que, par faiblesse, ou autrement, vous ayez efface ces beaux traits que les vertus tracent en une âme, vous laissant aller aux vices contraires, dorénavant vous ferez la guerre à ces mêmes vices; je veux croire que, si vous prenez de si bonnes résolutions, Dieu vous fera la grâce de vous corriger, si vous la lui demandez comme il faut, à l’oraison. Mais il faut remédier au mal de bonne heure.

Le Saint-Esprit dit : Hodie si vocem ejits audieritis , nolite obdurare corda vestra‘ , etc.; si vous sentez que Dieu vous appelle aujourd’hui pour vous faire sortir d’un état si dangereux, écoutez-le; si vous sentez qu’il vous appelle à espérer cette grâce, n’endurcissez pas votre cœur, accourez à la sainte Vierge, la priant qu’elle vous obtienne de son Fils la grâce de participer à son humilité, qui la fit dire la servante du Seigneur lors-

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