‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 4)Chapitre 109 sur 138 · Evangile de saint Luc XI, i · texte numérisé non relu

Evangile de saint Luc XI, i

seignez-nous à prier, enseignez-nous comme il faut traiter avec votre Père.

Après avoir prié Notre-Seigneur de vous faire la grâce de bien apprendre à faire l’oraison, vous vous appliquerez intérieurement aux points de la lecture, comme nous avons dit. O Sauveur, faites-moi la grâce d’entrer dans cette sainte pratique. O mes sœurs, si vous faites bien l’oraison, que ne recevrez-vous pas de Dieu ensuite! Vous rencontrerez, comme dit David, la grandeur de Dieu.

Mais, Monsieur, vous dites que la règle m’oblige à méditer. Comment peuvent faire les pauvres Filles de la Charité qui sont à la campagne et qui ne savent pas lire? — Mes sœurs, votre règle dit qu’en cela vous pouvez méditer les mystères de la vie de Notre-Seigneur, son incarnation, sa nativité, sa demeure en Nazareth, comme il obéissait à sa sainte mère et à saint Joseph, et enfin les autres passages de la vie du Fils de Dieu, depuis sa naissance jusqu’à sa mort; après cela, comme il est monté aux cieux.

Mais, Monsieur, je ne sais pas cela, dira quelqu’une. — Mes sœurs, ayez-en quelqu’un en mémoire de ceux dont vous vous souviendrez le mieux. Et pour vous aider à cela, il serait à souhaiter que vous eussiez des images des mystères de la vie de Notre-Seigneur. Je prie Mademoiselle Le Gras que les sœurs qui sont hors d’ici en aient, s’il y a moyen. Et quand vous irez à l’oraison, celles qui ne savent pas lire prendront le sujet de leur méditation sur le mystère qui est représenté en cette image.

Mais, Monsieur, le moyen? Que faire à l’oraison sans savoir lire? — Mes sœurs, si vous saviez combien il y a de grands saints qui, sans aucune lettre, ont eu le don de l’oraison ! Ne vous découragez pas pour ne savoir point lire; car il se pourra faire qu’une qui ne

saura rien fera mieux son oraison qu’une autre qui saura beaucoup de choses.

Dans notre siècle, il y avait un religieux carme qui était si ignorant qu’il ne put jamais apprendre à dire l’office ; et Notre-Seigneur l’instruisit de telle sorte et lui ht la grâce de iaire si bien l’oraison qu’il a été un cffis plus éclairés et des plus eleves de son temps. Et comment cela ? C esi que, comme il n’avait point de science, il se présentait a Notre-Seigneur et disait : « Seigneur, voici un pauvre ignorant qui implore votre grâce pour faire l’oraison. Je ne sais rien. Mais, Seigneur, dites-moi quelque chose. Laisserez-vous là votre pauvre serviteur sans lui rien dire? Seigneur, que dira tout le ciel s il voit que vous n écoutez pas la prière que je vous fais? Souffrez, mon Seigneur, que Je vous dise que je ne sortirai que vous ne m’ayez donné la grâce que je vous demande. )) Voila comme ce bienheureux frère parvint a un haut degré d’oraison. C’est pourquoi, mes hiles, ne vous etonnez pas si vous ne savez pas beaucoup de choses qui donnent facilité à bien faire l’oraison; pourvu que vous soyez bien humbles et que vous vous présentiez, comme ce bon frère, à Notre-Seigneur jamais iJieu ne vous laissera sortir de devant sa divine

majesté que vous ne receviez la grâce de bien faire l’oraison.

Savez-vous comme Madame de Chantal, notre bienheureuse Mère, apprit à bien faire l’oraison? C’est en cette manière que je viens de vous dire que vous pouvez méditer, vous qui ne savez pas lire, sur des images. Comment faisait-elle? Elle prenait une image de la sainte Vierge, et, considérant ses yeux, elle disait : « O aimables yeux ! » Puis après, quand son cœur se sentait ainsi enflammé d’amour par ces considérations, elle priait Dieu de lui faire la grâce de ne le point offenser par les regards : a Seigneur, donnez-moi cette modestie

qu’avait votre sainte Mère. » Ensuite elle prenait résolution de bien garder sa vue et de ne laisser point égarer ses yeux sur les choses vaines. Et d’autres fois elle méditait sur les oreilles de la sainte Vierge et pensait : <c O oreilles, que vous êtes heureuses d'avoir si bien entendu la parole de Dieu, écouté les commandements de votre Fils! » Puis elle s’arrêtait là et considérait comment elle pourrait faire ainsi.

Si vous faites comme cela, vous apprendrez à bien faire oraison; ou bien comme frère de l’Enfant-Jésus, qui disait à Notre-Seigneur : « Je suis comme une bête, mais pourtant je désire que vous me parliez. Quoi! Seigneur, ne me direz-vous rien? Ne voulez-vous donc point parler aux bêtes? Je ne bougerai point d'ici que vous ne m’ayez dit quelque chose. » — « Sainte Vierge, reprenait cette bienheureuse dame, je ne sortirai point d’ici jusqu’à ce que vous m’ayez fait connaître comme quoi vous entendiez les paroles de votre Fils, lorsqu’il prêchait aux juifs et à tous oeux qui le suivaient. » Quand elle avait pensé à cela, elle disait : « Sainte Vierge, je sais bien que vos oreilles étaient attentives à écouter ces beaux préceptes qui sortaient de la bouche de votre Fils; mais je sais bien aussi que vous n'écoutiez pas parler mal du prochain, que vous ne vous plaisiez point aux paroles à double entente, parce que vous étiez trop candide. » Après qu’elle avait bien discouru, elle prenait résolution de n’écouter jamais de mauvaises choses, et parcourait ainsi tous les membres de la sainte Vierge, se résolvant de se comporter de la sorte. Eh bien ! mes sœurs, qui vous empêchera de faire de même? Vous n’aurez besoin que d’avoir une image ou un tableau. Notre-Seigneur vous dira assurément quelque chose.

Voilà, mes chères sœurs, ce que j’avais à vous dire sur ce sujet. Je finis en vous disant que, si vous faites

votie possible pour vous mettre en la sainte pratique de bien fane 1 oraison, vous aurez un crédit auprès de Dieu pour obtenir toutes les grâces que vous lui demande! ez. Mais surtout elle vous obtiendra la grâce sanctifiante. Je dis bien plus, mes filles, celles d’entre vous qui ne sauraient lire ni écrire feront mieux l’oraison, pourvu qu elles soient bien humbles, que ne feraient celles qui auront appris la méthode de la faire par la science, si cda n est accompagne d humilité. Ayez donc confiance mes hiles, que, comme Notre-Seigneur a choisi de pauvres pécheurs pour ses apôtres, encore que vous soyez de pauvres ignorantes, vous ferez bien l’oraison. Non seulement cela, mais vous ferez beaucoup de bien, c.omme disait la bonne Madame de Goussault. « Monsieur, me disait-elle proche de sa mort, oh! que Dieu fera de grandes choses par les Filles de la Charité! » Helas ! ce ne sont que des gueuses. Il n’importe, mes chères sœurs, pourvu que vous soyez bien humbles, Dieu fera beaucoup de choses par vous.

Ah ! Seigneur, qui avez fait de pauvres gens vos apôtres, voyez nos pauvres sœurs aux pieds de votre divine Majesté, qui reconnaissent qu 'elles sont de pauvres hiles ignorantes. Seigneur, enseignez-les, mais enseigneznous à prier. Hélas! vous avez appris à tous les pauvres comme il le fallait faire. S’il plaît à votre bonté nous faire cette grâce, elles feront bien l’oraison et mieux que de pauvres hiles ne se peuvent promettre, beigneur, dans cette espérance-là, je prononcerai les paroles de bénédiction.

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